Cette semaine a été marquée par des questions de politique intérieure : le débat sur l’interdiction du port de signes religieux s’est poursuivi. L’affaire liée aux factures injustifiées du ministre des Finances a également occupé une place très importante dans la presse, certains y voyant une véritable ‘chasse aux sorcières’. Ces deux dossiers ont mis à mal le Premier ministre danois, estiment les journaux. Pour les grèves, aucun rapprochement entre les parties ne s’est produit. La situation semble au contraire bloquée, et les experts pensent que le gouvernement va être obligé d’intervenir à la fin du mois. Au chapitre européen la presse danoise commence à s’intéresser à la politique de la France, à l’approche de la Présidence française de l’UE. Les propositions de réforme de la PAC ont aussi bénéficié d’une large couverture de presse.
PFUE – A l’approche de la Présidence française, la presse danoise s’intéresse à politique de la France, tant à sa politique étrangère et aux réformes économiques annoncées par le Président de la République lors de son élection. La visite à Copenhague du Premier ministre français dans le cadre de sa tournée dans les capitales danoises est notamment relevée. La presse souligne les bons rapports entre la France et le Danemark et le fait que la France et le Danemark se sont entendus sur la voie à suivre concernant l’UE, en particulier s’agissant d’un accord ambitieux au sommet climatique à Copenhague en 2009.
Sous le titre « Sarkozy risque de torpiller un vote sur l’UE », POL relève depuis Bruxelles que le Président de la République souhaite accélérer la coopération militaire européenne à l’automne, au moment où les Danois devront peut-être voter sur la dérogation sur la défense, ce qui risque de compliquer la tâche du Premier ministre danois. Alors qu’une large majorité au sein de la population et des milieux politiques au Danemark souhaite se débarrasser de la dérogation sur la défense, l’idée de M. Nicolas Sarkozy de créer une force de mobilisation peut notamment raviver le débat au Danemark sur une armée européenne, à la base de la dérogation de 1993. La Présidence française peut également poser problème à Fogh Andersen par rapport à la dérogation sur la Justice et les Affaires intérieures (JAI), poursuit le correspondant, notant que le pacte sur l’asile proposé par le ministre français de l’Immigration peut constituer une difficulté pour le Premier ministre lorsqu’il devra expliquer aux Danois que la suppression de la dérogation JAI n’aura pas de conséquences pour la politique danoise en matière des étrangers. « Cela ne sera pas facile, avec Sarkozy en 5ème vitesse », note le journal.
Alors que les Etats-Unis et l’UE considèrent le Hamas comme une organisation terroriste, la France a repris discrètement les pourparlers avec le Hamas, rapporte BERL. TID., en faisant allusion au témoignage d’un ancien ambassadeur dans le Figaro. Le journal signale que le ministre danois des Affaires Etrangères « est profondément inquiet – et offensé – par les contacts de la France avec l’organisation palestinienne islamiste Hamas ». « Si nous commençons à négocier avec le Hamas telle que la situation est aujourd’hui, nous avons totalement sapé Abbas. On reconnaît ainsi qu’il y a un gouvernement à Gaza et un gouvernement en Cisjordanie – soit deux Palestines. Et même si Abbas se trouve indéniablement dans une position faible à Gaza, il est toujours le Président de la région », observe Per Stig Møller, soulignant que la France n’a pas informé les autres pays de l’UE des contacts avec le Hamas. Per Stig Møller, interrogé explicitement par le journal, espère que cette affaire n’est pas un exemple de la façon dont les Français vont gérer leur Présidence de l’UE. Il indique par ailleurs qu’il soulèvera cette affaire avec son homologue français au début du mois prochain.
Sous le titre « La défaillance de Sarkozy », INF. estime dans un éditorial signé par la correspondante à Paris que la rhétorique souvent dure du Président Sarkozy n’a en réalité « pas beaucoup de substance ». Selon le journal, la France mérite mieux que de vastes lois anti-immigration couplées avec des réformes économiques mineures mal préparées. Un paquet plus vaste et mieux travaillé et qui est à la hauteur des promesses électorales que Nicolas Sarkozy n’a pas encore tenu s’impose, note le journal. Si Nicolas Sarkozy fait défaut, il va perdre toute sa crédibilité, alors qu’elle souffre déjà. Il risque ainsi d’apparaître plus faible, également en Europe, avant de prendre en charge, dans six semaines seulement, la Présidence de l’UE.
BØ relève que le Premier ministre français a promis à ses homologues européens que le déficit budgétaire de la France sera ramené à en-dessous des 2% du PIB l’année prochaine et que le budget sera en équilibre à partir de 2012. Concernant les dépassements budgétaires de la France dans la zone euro, BERL TID remarque que Sarkozy essaie de gagner les bonnes grâces de Bruxelles en introduisant l’équilibre budgétaire dans la Constitution française.
PAC – La presse relève que les propositions relatives au bilan de santé de la politique agricole commune présentées par la commissaire Mariann Fischer Boel ne sont que des ajustements mineurs, notamment en raison de l’opposition de la France et de l’Allemagne, qui ne voient pas la nécessité de réformes en dépit de la hausse des prix alimentaires. Les journaux observent que le Danemark, la ministre de l’Alimentation la première, déplore le manque d’ambitions des propositions. Les journaux s’accordent à constater que les propositions peuvent changer beaucoup de leur état actuel, avec de longues et difficiles négociations en perspective.
Dans une interview à POL., Mme Fischer Boel a par ailleurs estimé « extrêmement dangereux » si la crise alimentaire suscite le maintien du protectionnisme européen. Elle s’exprime contre le maintient d’une « forteresse Europe des produits alimentaires » et rejette l’argumentation de Michel Barnier qui s’est récemment exprimé dans le même journal en faveur de la protection du marché de l’agriculture.
Dérogations – A l’occasion de la conférence sur l’Europe, à laquelle le Premier ministre français a participé, la ministre de la Justice, Lene Espersen, met en garde dans JYL. POST. contre les conséquences d’un Non à la suppression de la dérogation JAI. Elle souligne que le Danemark se trouvera dans une position nettement moins bonne dans la lutte contre le terrorisme et la police ne pourra pas œuvrer aussi efficacement contre la criminalité transfrontalière dans le cas d’un Non. Actuellement le Danemark participe pleinement à la coopération européenne de droit pénal et policière, mais devra la quitter au fur et à mesure que les dispositions du Traité de Lisbonne entreront en vigueur. La ministre met également en garde le PPD contre une campagne d’intimidation sur le sujet de la politique d’immigration.
Vie politique – JYL POST a fait état de la situation du Premier ministre, observant qu’Anders Fogh Rasmussen traverse une période difficile depuis les élections de novembre 2007. Le journal estime que la nouvelle affaire des caricatures, la question d’une présence officielle danoise ou non à la cérémonie d’ouverture des JO, le scandale des factures non payées de Lars Løkke Rasmussen, la question du foulard et la grève « fragilisent » la position du Premier ministre. Les journaux s’accordent d’ailleurs à constater que le point de presse hebdomadaire d’Anders Fogh Rasmussen cette semaine était quasiment vide de contenu politique. Il a en effet notamment été dominé par des questions sur l’affaire relative au ministre des Finances et ses ‘déboires’. Sur l’avenir politique de Lars Løkke Rasmussen, les journaux signalent que même si l’opinion publique oublie vite, près de 2/3 des Danois ne pensent pas qu’il soit apte à devenir Premier ministre. Le PPD a toutefois annulé une tempête contre le ministre et se dit à présent persuadé que des affaires semblables ne se reproduiront jamais. Des anciens ministres des gouvernements S/R des années 90 viennent aussi au secours de Lars Løkke Rasmussen, estimant que l’affaire est hors proportion.
Foulard – Le débat sur le foulard a beaucoup occupé les médias. Après la réprimande du Premier ministre à l’égard de la ministre de l’Intégration, Birthe Rønn Hornbech, pour sa critique de l’interdiction du port du foulard dans les tribunaux, POL s’est demandé qui sera la prochaine ministre de l’Intégration et estime que la porte-parole politique du parti L, Inger Støjberg, a une bonne chance de la remplacer. BERL TID remarque que cette affaire suscite la réaction dans le journal European Voice du député britannique Claude Moraes qui estime que le modèle danois d’anti-immigration « disqualifie le Premier ministre au poste de Président de l’UE ». Le journal relève que, selon un sondage de Gallup, 51% des Danois soutiennent une interdiction du port du foulard, mais que 58% des électeurs du parti S sont contre l’interdiction, tout comme 1 sur 4 électeurs du parti L. POL rapporte lundi que Birthe Rønn Hornbech souhaite se battre au sein du gouvernement contre une interdiction du port du foulard dans les tribunaux, mais votera conformément aux décisions du gouvernement. La présidente du PPD Pia Kjærsgaard critique le gouvernement pour sa gestion « chaotique » du débat et le député Søren Pind (L) craint que le gouvernement « perde pied » à cause du chaos du débat sur les valeurs. Le parti L estime qu’à cause du débat sur le foulard et les déclarations du PPD qui s’estime « anti-musulman », le processus d’intégration a pris 10 ans de retard. Selon un sondage de Gallup, 1 électeur sur 4 du parti L soutient la position de BRH et 60% des Danois souhaitent qu’elle garde son poste de ministre. KD rapporte que le PPD souhaite interdire le port du foulard, non seulement par les juges, mais aussi par les professeurs d’écoles, les éducatrices et les aides familiales à domicile. Le parti a présenté sa proposition au Parlement mardi. Tandis que le parti C n’est pas prêt à soutenir le PPD, le parti L va discuter de sa position mercredi.