Tribune de l’Ambassadeur (Politiken - 28 janvier 2012) [da]

Nous nous battons pour une régulation des marchés financiers

Les pays européens doivent pouvoir concilier le développement économique, la préservation de l’emploi et le respect de l’environnement.

Le Danemark a pris la présidence du Conseil de l’Union européenne dans la tourmente d’une Europe en crise et qui doute d’elle-même. Les enjeux du semestre sont nombreux : solidarité européenne face à la crise des dettes souveraines, préparation des négociations du cadre budgétaire de l’UE, réforme de la gouvernance de l’Espace Schengen, entre autres.

Jamais la construction européenne n’a été davantage nécessaire, et pourtant jamais elle n’a été autant contestée. C’est un paradoxe difficile à résoudre.

Malgré l’ampleur de la tâche et la redéfinition du rôle de la Présidence tournante dans le cadre du Traité de Lisbonne, votre Royaume peut faire beaucoup.

La France a confiance dans l’expérience, le sens du compromis, et le professionnalisme des Danois. Et c’est dans la crise, quand on a le dos au mur, qu’on est forcé d’avancer !

Dans le domaine économique, qui concentre l’attention depuis des mois, le Danemark, non-membre de l’Eurozone, mais dont la monnaie est indexée sur la monnaie unique, travaillera à la convergence entre les Vingt-Sept.

Le pays sera à la manœuvre pour la mise en œuvre du Semestre européen, outil de monitoring utile quand les finances publiques des Etats-membres sont sous pression.

Rétablir partout des finances publiques saines est un objectif essentiel sur le plan économique, mais aussi politique et stratégique pour la sauvegarde de la souveraineté de nos pays.

A ce titre, j’aimerais insister sur l’urgence de mieux réguler les marchés financiers. Ce n’est pas seulement aux Etats de faire des efforts. La France, aux côtés de l’Allemagne et de tous ses partenaires européens, est prête à s’atteler à ce lourd chantier pour éviter que des crises comme celle que nous connaissons depuis 2008 se répètent.

Nous croyons ainsi au principe d’une taxe sur les transactions financières. La Commission a proposé une directive à ce sujet.

Nous sommes persuadés qu’il faut aller de l’avant dans la lutte contre les dérèglements de la finance.

Il est normal que ceux qui ont une part de responsabilité dans la situation actuelle jouent un rôle dans son redressement.

Je sais que l’idée ne fait pas l’unanimité ici. Mais je sais que la Présidence danoise, si les débats devaient se poursuivre sur le sujet, les mènerait avec honnêteté et rigueur.

Réformer, mieux réguler, mieux gouverner, donc. Mais pas seulement. Le retour à l’équilibre budgétaire ne doit pas faire oublier l’objectif majeur de nos économies : le retour à la croissance et au plein emploi. En améliorant le Marché intérieur. En soutenant le développement de l’économie verte, aussi. Les pays européens doivent pouvoir concilier le développement économique, la préservation de l’emploi et le respect de l’environnement. Le Danemark, qui dispose d’une industrie verte puissante, mettra le sujet haut dans son agenda, et nous nous en réjouissons.

Alors que les Printemps arabes ont soulevé un grand espoir, l’Europe doit aussi faire entendre sa voix et parler à l’unisson dans le concert des Nations.

Comme le Danemark, la France soutient sans réserve le travail du Service européen d’action extérieure. Je sais que c’est aussi une des priorités du ministre des Affaires étrangères, qui s’est entretenu avec Catherine Ashton à Copenhague tout récemment.

Les Printemps arabes sont à l’origine de bouleversements politiques majeurs. Cette tendance doit nous inciter à travailler ensemble à la réforme de la gouvernance de l’espace Schengen et du système de l’asile. Il est incontestable qu’il s’agit d’une exigence forte des citoyens.

Enfin, les diplomates danois devraient, si ce n’est conclure les négociations du cadre budgétaire pluriannuel, du moins en préparer la « boîte à outils » pour faciliter la tâche de la future Présidence chypriote. Ce sera un exercice très difficile, nul ne l’ignore.

Pour conclure, je citerai l’un des Pères de l’Europe, Jean Monnet : « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. »

Voilà une raison d’aller ensemble de l’avant et de ne pas céder aux Cassandre ! Alors bon vent à la présidence danoise ! La France est à vos côtés.

Dernière modification : 13/07/2012

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