Les Journées Françaises de Nuuk / Frédéric de la Mure : L’Œil Voyageur [da]

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Tous ceux qui suivent de près les affaires diplomatiques connaissent Frédéric de La Mure. Sa haute silhouette de reporter, bardée de boîtiers et d’objectifs, est presque toujours « dans le champ » des rencontres internationales, auxquelles participent le président de la République, le chef du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères.. Il se doit de tout fixer. C’est son métier de photographe officiel du ministère des Affaires étrangères.

On pourrait s’en tenir là. Pas lui. Parce qu’il est discret, personne ne se demande où est Frédéric de La Mure lorsqu’on ne le voit plus. Le plus souvent, il fugue. Il s’échappe du cadre doré pour aller respirer l’air extérieur, pour sentir comment vivent les gens de la rue, de la ville, du pays où il se trouve. Parce qu’il voit de ses deux yeux, et qu’il ne les a pas dans sa poche, il jette, d’instinct, un double regard sur le monde. D’un côté les puissants, de l’autre les sans grade. Pour lui, ce sont « les deux faces d’une même histoire : ce qui se négocie dans les palais jouera sur le destin des gens que l’on rencontre dès qu’on en sort ».

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Personne ne lui a jamais demandé ces images du monde tel qu’il est. Mais Frédéric de La Mure refuse de « voyager comme une valise », dans les bagages des officiels. Dès qu’il le peut, il plonge dans l’inconnu, au hasard : « Je fais un kilomètre à droite, un kilomètre à gauche ou je prends une ligne de métro jusqu’au terminus et j’observe. » Sur le trottoir comme au bord du tapis rouge, il fait, assure-t-il, « un boulot de caméléon ». Se faire oublier, se rendre invisible, disponible, pour capter le moment du déclic et ne pas le rater.

Paradoxe, les photos de cet homme pressé donnent à voir les lenteurs de la vie qui va. Ses sujets semblent comme en attente, dans le décor figé du quotidien ordinaire ou des lendemains de guerre et de catastrophe. Une certaine sérénité émane de ce qui, parfois, touche au tragique. Les amoureux s’embrassent à l’ombre des dictateurs ; les femmes, invisibles, papotent sous leur voile.

Frédéric de La Mure avoue aimer s’immerger dans des réalités qui le dépassent. « On a le regard plus vif, assure-t-il, quand on ne sait pas ce qu’on va voir, que l’on n’a pas d’idées préconçues. » Il n’en apprécie pas moins les reportages qui lui permettent de mettre en vis-à-vis l’activité diplomatique et la vie des peuples qu’elle concerne.

Parce qu’il a vécu les événements avec intensité, Frédéric de La Mure reconnaît que le Kosovo l’a profondément marqué. Ainsi que les autres tragédies balkaniques, la guerre du Golfe, la fin de celle du Cambodge, l’avènement de Nelson Mandela en Afrique du Sud. Souvent, le sort des populations civiles, victimes de la guerre ou de la misère, le bouleverse. « En général, c’est au retour que j’encaisse le choc », souligne-t-il. Sur le moment, le geste technique estompe l’émotion.

Avec l’actuelle exposition, le carnet de croquis sort de ses archives. Les images saisies dans les rues de Phnom Penh, Mostar, Kaboul ou Yaoundé, sont proposées, aux habitants et aux visiteurs d’Evian. Soucieuse de donner d’elle-même une image moins solennelle et de prouver son souci de travailler au bien être des populations, notre diplomatie voudrait se reconnaître dans l’œil de son photographe. En collectionnant ses instantanés —instants volés— Frédéric de La Mure croyait peut-être outrepasser son rôle. Il ne faisait qu’anticiper l’exigence de renouveau d’une institution, qui lui rend, aujourd’hui, hommage.

Joseph LIMAGNE (*)

(*) Directeur de la Rédaction d’Ouest-France à Paris, Président de l’Association de la Presse diplomatique française.


Frédéric de LA MURE

photographe officiel du ministère des Affaires étrangères.

- Lauréat du prix

Découverte du Japon (devenu prix Robert Guillain) décerné par l’Association de Presse France-Japon (1978).

- Auteur des livres

Vivre au Japon, Hachette 1980.

Docks, promenade sur les quais d’Europe, Balland 1995.

Autour du Quai, autour du monde, Liana Levi 2001 .

- Expositions

L’été des enfants japonais - Centre Pompidou (1979).

Enfants du monde - UNESCO (1980).

Gestes et regards pendant la Semaine Sainte de Séville - Maison d’Espagne (1982).

Islande, la dernière aventure en Europe - RER Châtelet-les Halles (1986).

Officiels, Officieux, instantanés diplomatiques - Arche de la Défense (1992), Madrid, Stockholm, Bucarest et Oslo (1993 - 1994).

Docks - Palais de Chaillot, Musée de la Marine (1995). Bordeaux, Toulon, Rochefort, Brest, Hambourg, Bakou et

Lisbonne (1995 - 1998).

De Rambouillet à Pristina, la crise au Kosovo - Ministère des Affaires étrangères 1999 et Pristina 2000.

Autour du Quai, autour du monde - Grilles du ministère des Affaires étrangères (2001). Macédoine, Croatie, Finlande, Roumanie,

Afghanistan , Espagne, États-Unis, Colombie, Mexique, Brésil, Argentine, Uruguay, République Dominicaine (2002 – 2008)

Haïti, Avant-Après - Grilles de l’UNESCO-Paris, Centre Mondial de la Paix à Verdun et Officine de la culture de la ville de Liège, Belgique (2010)

- En projet :

Diplomatie de terrain et français du bout du monde

Voyage en FranceAllemagne

Dernière modification : 12/05/2011

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