Le Prince Aage de Danemark, chef de bataillon à la Légion étrangère [da]

Ses origines

De sang royal, le Prince Aage est le petit-fils du roi Christian IX, appelé le « beau-père de l’Europe », car quatre de ses six enfants ont été Roi ou Reine d’un pays d’Europe. Le Prince Aage est ainsi le neveu du Roi Frederic VIII de Danemark, de la princesse Dagmar (devenu tsarine Maria Feodorovna en épousant le tsar Alexandre III), de la Reine Alexandra (épouse du Roi Edouard VII d’Angleterre), du Roi Georges 1er de Grèce, de la duchesse Thyra (épouse du duc Ernst August de Cumberland) et le cousin du Roi Hakon VII de Norvège.

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Le Prince Aage Christian Alexander Robert, Comte de Rosenborg, naît le 10 juin 1887 au Palais Jaune (Det Gule Palæ) à Copenhague. Il est le fils du Prince Valdemar, amiral de la Marine danoise, et de la Princesse Marie d’Orléans. Quatre enfants naîtront après lui :

Axel (1888-1964) Prince de Danemark,

Erik (1890-1950), comte de Rosenborg,

Viggo (1893-1970), comte de Rosenborg,

Margrethe (1895-1992), Princesse de Danemark.

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Il se marie le 17 janvier 1914 à Turin avec la Comtesse Mathilde Emilie Francisca Maria Calvi di Bergolo (née le 17 septembre 1885 à Buenos Aires, décédée le 16 octobre 1949). Ils auront un fils, Valdemar Alexander Georg Luigi Maria, comte de Rosenborg (né le 3 janvier 1915 à Turin, décédé en 1995 à Paris), sans descendance.

Le Prince Aage décède le 29 février 1940 au Maroc.

Sa carrière militaire

Après avoir fait ses classes dans la Garde Royale en 1907, le Prince Aage de Danemark rejoint l’Ecole de formations des officiers (Hærens Officerskole) et en sort sous-lieutenant en mars 1909. Il rejoint à nouveau la Garde Royale où il est promu lieutenant en octobre de la même année.

Avec l’autorisation du Roi de Danemark, il suit l’état-major de l’armée grecque dans la guerre entre la Grèce et la Bulgarie en 1913 et participe en particulier à la bataille de Dzumajök.

En janvier 1914, il quitte provisoirement le service actif, pour y revenir à la veille de la Première guerre mondiale. Après avoir suivi l’équivalent de l’Ecole d’Etat-major en 1918 et 1919, il est promu capitaine dans la Garde Royale. Il suit ensuite un stage d’un an au 16 ° Bataillon de chasseurs à pied à Metz, à l’issue duquel il reçoit les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur (8 novembre 1920).

Le Prince Aage à la Légion étrangère

A la suite de la banqueroute de la banque à laquelle il avait confié la gestion de sa fortune, le prince Aage décide avec l’accord de son père de rejoindre les rangs de la Légion étrangère française. Ce corps d’élite le fascinait depuis sa rencontre avec le lieutenant Selchau-Hansen, autre ressortissant danois qui servait au 2e Régiment étranger et devait y trouver la mort au cours du combat d’El-Moungar en Algérie le 2 septembre 1903.

En 1922, le Général Buat , chef d’état major de l’armée française, met le Prince à la disposition du maréchal Lyautey, résident général de France et commandant supérieur des Troupes du Maroc avec le grade de capitaine à titre étranger. C’est le maréchal qui doit décider de son affectation dans un des corps de la Légion présents au Maroc. Lors de ce passage à la rue Saint Dominique à Paris, le Ministre de la guerre, André Maginot tint à le rencontrer pour lui souhaiter une pleine réussite au sein des régiments étrangers.

Embarqué à Marseille à destination de Casablanca, il se présente au maréchal Lyautey auquel il demande de lui accorder le commandement d’une compagnie de Légionnaires . Il est affecté au 2e Régiment étranger d’infanterie (2° REI), dont la portion centrale est stationnée à Meknes et dont les bataillons poursuivent la pacification du pays au Moyen Atlas. En 1923, l’ensemble du régiment est engagé au Sud de Taza contre les tribus Ait-Tseghouchen et Marmoucha, dont les guerriers non seulement se défendent vigoureusement, mais savent également mener des contre-attaques très violentes que seule la farouche résistance des légionnaires permet de repousser. Au cours de ces engagements, le Prince se fait remarquer par son courage et reçoit une première citation qui souligne sa volonté de « se dépenser sans compter, aussi bien dans la troupe qu’au sein de l’état-major, lors des combats de Bou-Arfa , du Bou-Khamouj et d’El-Mers ».

Détaché en 1924 à la 1e Compagnie montée, il est affecté en 1925 à l’état-major du général commandant les troupes d’occupation du Maroc, avant de participer à la campagne du Rif contre Abd-el-Krim. Au combat du djebel Bibane, il obtient une deuxième citation pour « avoir fait preuve du plus beau courage et s’être porté volontaire pour toutes les missions périlleuses, en portant des ordres aux unités engagées en première ligne sous le feu le plus violent ».

De décembre 1925 à mars 1926, le ministère français des Affaires étrangères lui confie une mission de promotion en Amérique, avant de lui faire suivre les cours de l’Ecole de Guerre d’octobre 1926 à novembre 1928. A la fin de ceux-ci, il effectue dans les corps de métropole le stage que doivent accomplir les nouveaux brevetés. En 1929, il peut enfin revenir au Maroc où il retrouve son poste à l’état-major des forces au Maroc et prend part aux opérations du Tadla, en particulier aux attaques sur Azarar-Fal et le piton des Cèdres qui sont, pour le commandement, l’occasion de lui décerner une troisième citation pour « avoir fait preuve des plus belles qualités militaires ».

De 1930 à 1933, il est à l’état major du commandement des confins algéro- marocains, puis à celui de la 3e division de cavalerie en métropole. Entretemps, le 25 janvier 1932, il est promu officier de la Légion d’Honneur. Dans le courant de 1933, il obtient un poste à l’état-major du 19e Corps d’armée d’Alger, puis d’un groupement motorisé au Maroc dans l’Anti-Atlas.

Après avoir été nommé chef de bataillon en 1935, il reçoit le 17 novembre 1937 le commandement du 1er bataillon du 3e Régiment étranger d’infanterie (3° REI) et parvient à marquer de sa personnalité sa formation en espérant pouvoir la mener au feu. Il a la déception de ne pas faire partie du contingent du 3e Régiment étranger d’infanterie, qui est dirigé sur Sidi-bel-Abbes pour être intégré en 1939 dans le corps qui doit partir en Finlande et qui, sous la dénomination de 13e demi-brigade de la Légion étrangère, sera envoyé en Norvège en 1940 et participera à la bataille de Narvik.

Source : Commandement de la Légion Etrangère à Aubagne - JPEG

Source : Commandement de la Légion Etrangère à Aubagne}

Dans la nuit qui précède le passage à Taza du train conduisant cette formation du 3e REI, le chef de bataillon Aage de Danemark décède subitement. La nouvelle, communiquée au détachement durant l’arrêt du train en gare de Taza, sème la consternation dans la troupe.

Deux cérémonies eurent lieu en son honneur, l’une à Taza le dimanche 3 mars 1940, l’autre à Casablanca le lendemain, après que sa dépouille y eut été transférée. Mais le Prince, descendant du roi Louis Philippe, fondateur de la Légion étrangère, avait exprimé le souhait d’être enterré au carré de la Légion étrangère de Sidi-bel-Abbès. Il y reçut le 10 mars 1947 des obsèques solennelles et y reposa jusqu’au mois de septembre 1962, date à laquelle ses cendres, celles du général Rollet et celles du légionnaire Zimmerman, dernier tué de la guerre d’Algérie, furent transférées au carré Légion du cimetière de Puyloubier.

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Source : Commandement de la Légion Etrangère à Aubagne}

Ainsi, le chef de bataillon Aage de Danemark repose aujourd’hui en France, auprès de ceux auxquels il a consacré une grande partie de sa vie.

Colonel Christine CHAULIEU

D’après un texte du Commandement de la Légion étrangère

Dernière modification : 02/08/2012

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