La Quinzaine nordique n°98

La Quinzaine nordique est réalisée par le Service économique régional deux fois par mois. Elle rassemble des brèves économiques et financières sur les cinq pays nordiques.

Danemark

PNGConjoncture. Le PIB a progressé de +0,2 % au 2e trimestre 2015 (1ère estimation), après +0,5 % au 1er trimestre, tiré par la croissance des investissements (+0,8 %), alors que les exportations ont reculé (-2,2 %), comme la consommation des ménages (-0,5 %) ; en glissement annuel, le PIB danois a progressé de +1,7 %. Dans ce contexte encore fragile, le chômage poursuit lentement sa décrue (4,6 % en juillet, soit 6 % au sens du BIT).

Exportations. Le nouveau Premier ministre danois, Lars Løkke Rasmussen, veut renforcer l’effort de promotion des exportations, aujourd’hui concentré sur les BRICS, vers l’Allemagne, premier client du Danemark, qui bénéficie d’une croissance dynamique et d’un chômage réduit ; avec un focus spécifique sur le sud du pays, notamment la Bavière, jugé parfois négligé par les entreprises danoises. Plusieurs initiatives sont envisagées dont un renforcement de la formation linguistique, une réorganisation interne du Trade Council, la promotion des stages en entreprise en Allemagne, etc..

Russie. L’ambassadeur du Danemark en Russie, Thomas Winckler, déplore la trop grande timidité des entreprises danoises sur le marché russe : elles donneraient trop de poids, selon lui, aux risques géopolitiques au détriment des opportunités qu’offre un marché de 140 millions d’habitants, et encourage la recherche de solutions de contournement de l’embargo sur les produits agricoles. Le syndicat agricole, Landbrug & Fødevarer (L&F), et les coopératives Danish Crown et Arla, jugent à l’opposé que de telles solutions sont par nature très risquées dans la mesure où la Russie n’hésite pas à détruire des biens agroalimentaires suspectés de contrevenir à l’embargo.

Arla. Malgré des ajustements face à la baisse des prix du lait, la coopérative laitière danoise enregistre une baisse de 3,8 % de son chiffre d’affaires au 1er semestre 2015 (5,13 Mds €) par rapport à l’année précédente. Vu la difficile situation financière des agriculteurs, Arla a accepté de réduire son profit net entre 2,7 % et 3 % cette année, et de payer 1 centime d’euro supplémentaire par kilo de lait aux agriculteurs à la fin de l’année. Par ailleurs, Arla renforce sa stratégie vers l’Afrique, où elle prévoit de quintupler ses ventes ; la coopérative vient notamment de conclure deux joint-ventures avec des entreprises au Sénégal et au Nigeria.

Finlande

Compétitivité. Le gouvernement n’a pas obtenu d’accord avec les partenaires sociaux sur le projet de pacte social qui visait à améliorer la compétitivité en réduisant le coût du travail de 5 %, car les confédérations syndicales (SAK, Akava et STTK) n’ont pas accepté le principe qu’un objectif chiffré leur soit d’emblée imposé. Suite à l’échec des négociations avec les partenaires sociaux, le Premier Ministre Sipilä a annoncé qu’il présenterait à la fin du mois de septembre un plan alternatif pour améliorer la compétitivité de l’économie finlandaise via des mesures pouvant être adoptées unilatéralement par le gouvernement. Une baisse des cotisations patronales, financée par une hausse de la TVA, a par exemple été mentionnée. Le gouvernement espère faire adopter ces mesures avant fin juin 2016.

Plans sociaux. Le groupe de presse nordique Sanoma a annoncé son objectif de réduire ses coûts de 50 M€ à la fin de l’année 2016 en supprimant 280 postes principalement en Finlande et sur les fonctions support. L’entreprise de jeux Rovio qui a créé Angry Birds a annoncé un plan social qui pourrait déboucher sur le licenciement de 260 personnes sur les 700 employés : Rovio souhaite arrêter ses activités annexes et se recentrer sur les jeux, les médias et les produits dérivés. Microsoft a confirmé son intention de fermer l’ancien site de production de téléphones portables de Nokia à Salo : cette fermeture devrait conduire à la suppression de 2300 postes en Finlande et fait partie d’un plan plus large de 7800 licenciements à l’échelle mondiale. L’entreprise de transport ferroviaire VR va entamer des discussions sur un plan social dont l’objectif est de réaliser 50 M€ d’économies et pour lequel jusqu’à 570 postes sont menacés : les négociations doivent impliquer les 2800 employés de la société de transport ferroviaire, de l’unité de maintenance et des services, mais aussi le service de restauration Avecra.

Conjoncture. Selon les résultats publiés le 4 septembre par l’institut finlandais des statistiques, l’économie finlandaise montre un léger signe de reprise au 2e trimestre 2015, le PIB progressant de +0,2 %, après une stabilisation au 1er trimestre (croissance du PIB révisée de -0,1 % à 0,0 %). Le commerce extérieur contribue positivement à la croissance, du fait d’une légère progression des exportations (+0,5 % après +1,8 % révisé au 1er trimestre) mais surtout d’un important recul des importations (-5 %, après -0,7 % révisé au 2e trimestre). Les dépenses de consommation des ménages ralentissent fortement (-0,2 % après 1 %). L’investissement se stabilise (0 % après -0,3 %). Seules les dépenses publiques progressent très légèrement (+0,1 après 0). Ces résultats sont plus positifs que ceux qui étaient annoncés en 1ère estimation (voir QN n°96) et pourraient redresser les anticipations (les banques OP-Pohjola et Aktia viennent de revoir à la baisse leurs prévisions pour 2015, à respectivement -0,3 % et -0,5 %). Le recul des échanges entre la Finlande et la Russie continue cependant à peser sur les prévisions : les exportations vers la Russie ont baissé de 33 % au 1er semestre par rapport au 1er semestre 2014 tandis que les importations ont diminué de 36 % sur la même période.

Islande

OCDE. Dans son étude économique sur l’Islande, l’OCDE constate que les perspectives économiques sont favorables, mais que la levée des contrôles de capitaux et la montée des salaires posent des défis. La soutenabilité de la politique budgétaire s’est améliorée même si des zones de vulnérabilité persistent (fonds de financement du logement notamment). La croissance de la productivité est freinée par le manque de concurrence, les barrières à la création d’entreprise et les faiblesses dans le système éducatif. L’OCDE prévoit une croissance de +4,3 % en 2015 (après + 1,9 % en 2014) et de + 2,7 % en 2016, tirée par la demande interne et les exportations.

Norvège

Solde courant. Entre le 2e trimestre 2014 et le 2e trimestre 2015, le prix du Brent a été divisé par deux, entraînant une forte réduction de l’excédent des biens et services (de 60 à 38 Mds NOK). Mais le solde de la balance des revenus et transferts a augmenté de 1,4 à 33,5 Mds NOK, si bien que l’excédent des comptes courants s’inscrit en hausse de 10 Mds NOK (de 61 à 71 Mrds NOK). L’amélioration de la balance des revenus s’explique en partie par un effet change, mais aussi par un différentiel favorable entre le rendement des actifs détenus par la Norvège à l’étranger (essentiellement ceux du Fonds pétrolier) et les rendements des actifs détenus en Norvège par des investisseurs étrangers.

Chômage. En raison du ralentissement de l’activité, le taux de chômage est passé de 3,5 % en 2014 à 4,5 % en juin 2015. SSB, le bureau des statistiques, s’attend à une reprise progressive de l’activité en 2016 et une croissance de 1,8 % tirée par l’économie continentale (activité hors pétrole et transport maritime), qui bénéficierait des effets de la dépréciation de la couronne et de montée en charge de la reprise dans le reste de l’Europe.

Suède

Marchés publics. M. Ardalan Shekarabi, ministre de la Fonction publique, souhaite s’inspirer des pratiques observées dans d’autres pays de l’UE et introduire une palette de critères pour favoriser les clauses d’insertion (favoriser l’emploi durable et la cohésion sociale, etc…) et la promotion du développement durable dans le cadre des marchés publics. L’objectif étant de permettre à l’adjudicataire comme à l’acheteur de ne pas uniquement se préoccuper de la dimension économique, mais aussi de favoriser la dimension sociale (pas de dumping des salaires, vérification que les entreprises payent les impôts/charges, respects des conventions collectives locales ainsi que des normes de sécurité et de santé au travail, etc.). Pour favoriser une telle évolution le gouvernement vient de mettre en place Upphandlingsmyndigheten (UHM), une agence de support des marchés publics, dont l’objectif est depuis le 1er septembre 2015 de conseiller les entreprises dans ses démarches. Cette fonction revenait par le passé partiellement à l’Autorité suédoise de la Concurrence (KKV - Konkurrensverket).

Fonds de réserve des retraites. Les premier et deuxième fonds de retraite suédois AP1 et AP2 ont annoncé une alliance avec TH Real Estate, filiale du fonds de pension américain TIAA-CREF, pour créer une structure commune destinée à investir environ 4 Mds€ (plus de 38 Mds de SEK) dans le foncier dans des quartiers attractifs de villes comme Paris, Londres, Berlin, Francfort, Hambourg et Munich. La participation sera de 25 % pour chacun des fonds de réserve de retraite suédois et 50 % pour le partenaire américain. Le taux d’emprunt de cette structure ne devrait pas dépasser 50 %.

ICA. Le leader de la grande distribution dans les pays nordiques (pdm de l’ordre de 50 % en Suède) poursuit sa diversification. Ainsi, après le rachat de la chaine de distribution de produits pharmaceutiques Apoteket Hjärtat (plus de 300 pharmacies) en novembre 2014 au prix de 5,7 Mds de SEK (600M€), ICA vient de faire une offre de 75 M€ pour le rachat de Hemtex, un des grands acteurs locaux d’objets de décoration et de linge de maison (textiles, rideaux…) avec un réseau d’environ 160 boutiques dans la zone nordique, dont 130 en Suède et 20 en Finlande.

Elekta. L’institut français Gustave Roussy, premier centre de soins et de recherche européen de lutte contre le cancer achète au suédois Elekta 4 équipements de radiothérapie de haute précision de toute dernière génération (Système Versa HD) de haut débit de dose (4 à 5 fois supérieur à un traitement standard). Rappelons que les équipements de radiothérapie et de radio chirurgie d’Elekta sont utilisés dans 6 000 hôpitaux à travers le monde.

Millennium. Une semaine après la mise en vente du tome 4 de la saga Millennium, intitulé en France « Ce qui ne me tue pas », 200 000 exemplaires ont été vendus en Suède (plus de 4 M€ de recettes de vente). La France aurait commandé 550 000 exemplaires dans un premier temps, ce qui ferait de l’Hexagone le premier marché mondial des nouvelles aventures de l’héroïne Lisbeth Salander et du journaliste Mikael Blomkvist. Ce démarrage réussi pour cette suite produite par l’écrivain David Lagercrantz s’inscrit dans la lignée des ventes record de la trilogie originale de Stieg Larsson (plus de 80 millions de ventes dans 50 pays), tout en confirmant l’intérêt pour les polars suédois (Mankell, Läckberg, Nesser, Keppler, Edwardsson…) et scandinaves (Nesbø, Holt, Fossum, Indridason…). Pour mémoire, l’industrie créative (musique, gastronomie, mode, littérature,…) est identifiée comme un « secteur » prioritaire pour l’agence de promotion des échanges extérieurs Business Sweden et pour l’Institut suédois, responsable de la promotion de l’image de la Suède.

LGV. L’entreprise China Railway Construction a présenté, le 30 août, une offre pour la construction des futures lignes à grande vitesse en Suède pour relier Stockholm à Göteborg et Malmö. Selon la Présidente de la Commission parlementaire des transports, K.Svensson-Smith (Verts), son coût (15,3 Mds€) serait inférieur de 2,6 Mds€ aux premières estimations réalisées par l’Agence nationale des transport (Trafikverket), alors que les délais de construction seraient réduit de moitié (5 ans). La compétitivité de l’offre chinoise en termes de coût et de délais serait permise par l’utilisation d’une technologie spécifique : une voie ferrée surélevée à 5 mètres de hauteur soutenue par des ponts distants de 20-32 m, ce qui pourrait notamment limiter les rachats de terrain. La Commission parlementaire des transports se rendra prochainement en Chine et au Japon pour visiter ces infrastructures.

Crise laitière. Durant les 12 derniers mois, le prix du lait en Suède a chuté de 0,37 €/kg à 0,29 €/kg et 274 exploitations ont disparu. Le Ministre Bucht a annoncé qu’il allouerait 10,5 M€ pour soutenir les éleveurs suédois, par le biais d’une réduction de la taxe sur le diesel agricole de 0,18 €/litre durant les 3 prochaines années. Le syndicat agricole LRF estime que cela n’est pas suffisant et demande de revoir certaines règles strictes de bien-être. On dénombre 4400 exploitations contre 8500 dix ans plus tôt, avec une concentration de la production et une hausse des rendements (2,9 Mton de lait en 2014 contre 3,2 Mt en 2005). La crise ukrainienne est invoquée comme un des facteurs expliquant la contraction du prix du lait. Selon le Président de la coopérative laitière Arla, Åke Hantoft, l’embargo russe a déjà causé des pertes de l’ordre de 100 M€ à Arla.

Change. La couronne suédoise s’est appréciée de près de 1 % face à l’euro dans la journée de la publication de la décision de politique monétaire du 3 septembre 2015, qui marque une inflexion dans le discours de la Riksbank même si le taux directeur et les mesures non-conventionnelles sont maintenus inchangés. Dans son communiqué, la Riksbank indique un renforcement de l’activité conjugué à une tendance claire et haussière de l’inflation, et prévoit un retour de l’inflation à sa cible de 2 % en 2016 (l’inflation se situait à -0,1 % en juillet 2015). Au cours des jours précédents, la presse suédoise faisait état des efforts engagés par la Riksbank pour convaincre les partenaires sociaux du retour prochain de l’inflation à sa cible, alors que le gros des négociations salariales pour les 2-3 prochaines années vont s’engager dans les prochains mois.

Déficit. L’Agence ESV (Autorité nationale de gestion financière) prévoit une amélioration du déficit public en 2015 (1,3 % PIB après 1,9 % en 2014) et dans les années suivantes : le solde public reviendrait à l’équilibre en 2019. L’accélération de l’activité économique (croissance du PIB à +3,0 % en 2015 et +2,7 % en 2016 après +2,3 % en 2014), la hausse de l’emploi (+118 000 entre 2014 et 2016) et la baisse du chômage (7,1 % en 2016 contre 7,9 % en 2014) soutiendraient les recettes fiscales, qui bénéficieraient également de la hausse des recettes sur les gains de capital des ménages, en lien avec la hausse des prix d’actifs immobiliers et boursiers. ESV mentionne néanmoins plusieurs facteurs de vulnérabilité : l’affaiblissement des dividendes perçus par l’Etat-actionnaire, la hausse des dépenses liées à l’asile et la hausse des dépenses de congé maladie.

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Directeur de la publication : Pierre-Alexandre Miquel (Chef du SER)
Revu par : Olivier Redoulès (SER Stockholm)
Service Economique Régional (SER) de Stockholm
Ambassade de France en Suède
Adresse : Storgatan 11 // 114 44 Stockholm

Avec les contributions des Services Economiques de Copenhague (Marine Artz, Jasmine Crozier, Michel Lallemand, Philippe Martinez), Helsinki (Nadine Mouy, Alexis Stevenson), Oslo (Christian Fatras, Emmanuel Frételliere, Nicolas Redon), et du Service Economique Régional de Stockholm (Frédéric Lemaitre, Olivier Redoulès).

Dernière modification : 08/09/2015

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