La Quinzaine nordique n°95

La Quinzaine nordique est réalisée par le Service économique régional deux fois par mois. Elle rassemble des brèves économiques et financières sur les cinq pays nordiques.

Danemark

PNGCroissance. Après des années de stagnation, les entreprises de la région Sjaelland, située autour de Copenhague, ont renoué avec la croissance, rapporte la Dansk Aktie Analyse, qui note une augmentation de 10 % du chiffre d’affaires sur la région dans son ensemble l’année dernière. Vaeksthus Sjaelland (agence régionale pour la promotion de la croissance) ajoute que les entreprises ont également recommencé à embaucher et sont même en manque de main d’œuvre qualifiée, aussi bien dans les grands groupes que dans les PME. L’économiste Mira Lie Nielsen de la Chambre de commerce danoise souligne que le Sjaelland, habituellement très dynamique par effet d’entraînement des activités de la capitale, avait été l’une des régions les plus touchées par la crise économique. En 2010, 70 entreprises en moyenne y faisaient faillite par mois. En 2014, le chiffre est tombé à 35. Elle ajoute que Copenhague a retrouvé un niveau de croissance « normal » et entraîne le reste de la région avec elle.

Lego. Jorgen Vig Knudstorp, le PDG du groupe LEGO, vient d’annoncer l’intensification des objectifs du groupe en matière environnementale. En 2012 déjà, le groupe s’était engagé à produire des briques fabriquées avec des matériaux plus durables d’ici 2030, mais de nombreux obstacles se sont dressés sur sa route. Knudstorp est parvenu cette année à convaincre le conseil d’administration de LEGO d’allouer des ressources supplémentaires, sous la forme d’une enveloppe d’un milliard de couronnes danoise, de la création d’un nouveau centre de recherches à Billund et de l’embauche de plus de 100 nouveaux employés. Knudstorp lance également aujourd’hui un appel aux entreprises, instituts de recherche, institutions publiques et ONG afin d’établir une véritable coopération pour réduire l’empreinte écologique de l’industrie plastique.

Finlande

Salaires. Les partenaires sociaux sont parvenus le 15 juin dernier à un accord prévoyant une augmentation générale des salaires de 16 euros par mois ou de +0,43 % pour les salaires supérieurs à 3755 euros. Parallèlement, les cotisations chômage augmenteront de +0,5 % pour les employés et les employeurs. Au total, les coûts salariaux des entreprises concernées augmenteraient de +0,54 %. L’accord concernerait 1,8 million de salariés mais avant d’entrer en vigueur, il doit être ratifié par les organisations syndicales membres des confédérations nationales qui l’ont négocié. Cet accord a été accueilli favorablement par le nouveau Premier Ministre, Juha Sipilä, qui juge la revalorisation salariale suffisamment modérée pour soutenir la compétitivité-prix à l’exportation de la Finlande.

Prévisions. Dans son « summer survey » publié le 17 juin, le ministère des finances revoit à la baisse les prévisions de croissance pour 2015 de +0,5 % à +0,3 % ; il maintient sa prévision de croissance à +1,4 % pour 2016 ; le taux de chômage devrait atteindre 9,3 % en moyenne en 2015, après 8,7 % en 2014. La contribution des échanges extérieurs à la croissance serait négative, les exportations reprenant faiblement (+0,3 %) tandis que les importations seraient soutenues par une reprise de la consommation privée (+1,2 %). L’investissement continuerait à reculer malgré un effort du secteur public (+3,2 % contre -2 % pour l’investissement privé). Le même jour, Nordea publiait ses nouvelles prévisions pour la Finlande, inscrivant une quatrième année de récession pour 2015, avec un recul du PIB de -0,2 % (contre 0 % dans la prévision précédente), sur la base des mauvais résultats constatés fin 2014 et depuis le début de l’année (recul du PIB de -0,1 en T1 que la banque considère comme sous-évalué). Selon Nordea, les exportations finlandaises pourraient ne pas bénéficier de la reprise de la consommation en Europe car elles sont essentiellement orientées vers les biens d’équipement, alors que la situation dégradée du marché du travail finlandais pèserait sur la consommation privée. A l’inverse, la Banque de Finlande a relevé ses prévisions pour 2015 de -0,1 % à +0,2 % et pour 2016 de +1 % à +1,2 %.

Turku. Meyer Werft a annoncé avoir reçu une commande de Carnival Corporation pour la construction de deux bateaux de croisière fonctionnant au GNL. Elle s’ajoute aux commandes annoncées en avril (cf. QN n°90). Au total, le chantier naval annonce pouvoir maintenir son niveau d’activité jusqu’en 2020.

FEIS/BEI. La BEI et Metsäliitto Cooperative ont signé le 12 juin un accord de prêt pour la construction d’une unité de la production de pâte à papier en Finlande (Äänekoski). Le financement devrait bénéficier de l’appui du FEIS (Fonds européen d’investissements stratégiques). Le même projet avait bénéficié quelques jours plus tôt d’un prêt de la BEI de 200 millions d’euros accordé à Metsä Fibre Corporation, filiale de Metsä Group. Metsäliitto Cooperative est la maison mère de Metsä Group. La nouvelle unité produira 1,3 million de tonnes de pâte par an et sera alimentée par une électricité produite à partir d’énergies renouvelables (dont celle d’une unité innovante de gazéification d’écorce).

Islande

Contrôles. Conformément aux annonces faites en début d’année, le gouvernement islandais a annoncé le 8 juin 2015 un plan de levée progressive des contrôles de capitaux, qui devrait être prochainement approuvé par le Parlement. A l’issue d’un travail d’analyse préparatoire qui a bénéficié de l’aide d’experts nationaux et internationaux, le gouvernement a identifié deux poches de risques : les actifs des structures de liquidations des trois anciennes banques Glitnir, Kaupthing et Landsbanki (500 Mds ISK en monnaie islandaise et 400 Mds ISK en devises), et les actifs liquides en monnaie islandaise détenus par des résidents étrangers (« ISK offshores », 300 Mds ISK). Les créanciers des anciennes banques auraient deux options pour sortir leurs capitaux d’Islande : le paiement d’une « taxe de stabilité » de l’ordre de 39 % sur le total des actifs ou l’élaboration de plan de sortie respectant plusieurs conditions garantissant un impact maitrisable sur la balance des paiements ; c’est vers cette seconde solution que les trois anciennes banques semblent s’orienter, avec la présentation de propositions incluant des « contributions à la stabilité ». La sortie des « ISK offshore » serait gérée par des mécanismes d’enchères garantissant l’équilibre sur le marché des changes. Les premières échéances inscrites dans le communiqué, qui n’indique pas de calendrier contraignant, portent sur la fin 2015 pour l’évaluation des actifs des anciennes banques.

Norvège

État actionnaire. Le gouvernement a présenté le 9 juin sa revue annuelle des participations de l’État actionnaire. Fin 2014, la valeur totale des actions de l’État norvégien s’élevait à 661 Mds NOK (79,1 Mds €), contre 665 Mds NOK l’année précédente. L’État va percevoir 35,5 Mds NOK de dividendes en 2014, 5,5 Mds de plus qu’en 2013. Les entreprises dans lesquelles l’État a des participations représentent environ 1/3 de la bourse d’Oslo.

Investissements pétroliers. SSB, l’institut norvégien des statistiques a publié le 12 juin ses dernières estimations du niveau des investissements pétroliers pour 2015 et 2016, calculées en consolidant les budgets préliminaires publiés par les opérateurs de licences de production. Contrairement aux attentes d’une forte baisse en 2016 (voir QN 83), l’estimation de SSB pour 2016 est 2,5 Mds NOK plus élevée que l’estimation équivalente pour 2015 datant de juin 2014 (184,9 contre 182,4 Mds). Le chiffre pour 2015 est également revu à la hausse, et atteint désormais 190 Mds NOK (contre 214 Mds effectifs en 2014, soit -11%). Les montants d’investissements sont en baisse pour les champs en cours de réalisation, les champs en production, l’exploration et les infrastructures de transport, alors qu’ils sont en hausse dans l’activité à terre et le démantèlement de champs.

Innovation. Selon l’enquête Norwegian Innovation survey menée par l’institut norvégien des statistiques SSB sur la période 2012-2014, la moitié des entreprises norvégiennes sont innovantes au sens où elles ont introduit au moins un type d’innovation parmi 4 catégories : produit (27 % l’ont fait), processus de production (24 %), marketing (29 %) ou organisation (25 %). Quelques enseignements ressortent : la majorité des innovations (67 %) est développée en interne ; et dans 29 % des cas l’innovation concerne l’adaptation de solutions existantes. Il ressort de l’enquête qu’il existe une corrélation entre la taille du marché de l’entreprise et sa capacité à innover. Enfin, l’intervention publique joue un rôle dans l’innovation par deux biais principaux : en premier lieu, 1/3 des entreprises innovantes déclare avoir reçu un soutien financier public, en second lieu la commande publique est un facteur d’innovation pour les entreprises afin de répondre au cahier des charges imposé.

Immobilier.
La ministre des Finances, Siv Jensen, a présenté le 15 juin la nouvelle stratégie du gouvernement pour le marché de l’Immobilier. À côté de mesures destinées à stimuler la construction de logements neufs (simplification des procédures et des réglementations, souplesse accrue pour l’aménagement de l’existant et « accords cadre » avec les communes les plus touchées par la pénurie de logements), le gouvernement entérine certaines règles de durcissement de l’accès au prêt immobilier évoquées ces derniers mois lors de consultations. Ainsi, les banques devront exiger un remboursement minimum annuel de 2,5 % du montant du prêt lorsque le ratio LTV initial dépassait 70%, et elles seront tenues de respecter la règle des 15 % d’apport pour au moins 90% (en valeur) des prêts immobiliers qu’elles accorderont. (Voir QN 87, 89 et 92).

Statoil. La compagnie pétrolière norvégienne a annoncé son intention de supprimer entre 1 100 et 1 500 postes d’ici la fin 2016, et de diminuer de 525 le nombre de ses consultants externes. Statoil motive cette décision par « la nécessité de rester compétitif et de ne pas hypothéquer la création de valeur future ».

Suède

Euroscepticisme. Selon le dernier sondage de l’Office suédois de la statistique, 74,9 % des personnes interrogées voteraient aujourd’hui contre l’adoption de l’euro en Suède (76,9 % en novembre 2014), 15,3 % voteraient en faveur (13,2 % en nov. 2014) et 9,7 % resteraient indécis (10 % en nov. 2014). Selon le sondage, l’opposition des femmes est plus importante (76,1 %) que celle des hommes (73,7 %). Dans un sondage récent de la Commission européenne, il ressortait que seulement 4 % des suédois attendent une adoption de l’Euro entre 2017 et 2018, 18 % entre 2019 et 2020, 27 % après 2021, alors que 35 % pensent que ce pays n’adoptera jamais l’Euro.

Labélisation « Made in Sweden ». Les fédérations suédoises du secteur agro-alimentaire (Livsmedelsföretagen, LRF et Svensk Dagligvaruhandel) sont sur le point de mettre en place une labélisation de type « Made in Sweden » sur des bases volontaires pour promouvoir l’achat de produits suédois. Dans le cas de produits composés, au moins 75 % du produit de base doit être d’origine suédoise, et l’emballage et l’étiquetage doivent être réalisés dans le pays. Les produits carnés, laitiers et les œufs ne bénéficieront du label que s’ils sont entièrement obtenus en Suède.

Sweco. L’acquisition du concurrent néerlandais Grontmij par le consultant technique suédois Sweco pour 3,3 Mds SEK (355M€) lui permettra de se hisser environ au 6ème rang des acteurs européens du secteur et de s’approcher de la taille des concurrents français (Altran, Alten group et Egis) et de se distancer des principaux concurrents suédois (ÅF, Semcon et Rejlers). En termes de présence géographique, la nouvelle entité fusionnée Sweco-Grontmij (pro forma 14 500 employés, capitalisation boursière de l’ordre de 1,6Md€) continuera à avoir les pays nordiques comme principal marché (75 % du CA, dont plus de la moitié en Suède), mais augmentera également sa présence aux Pays-Bas (9 % du CA) et en Belgique, l’Allemagne et le Royaume-Uni (12 % du CA pour ces 3 pays).

Gouvernance. Selon Svenska Dagbladet, la proportion de dirigeants étrangers dans des grandes entreprises suédoises ne cesse d’augmenter à un rythme soutenu. 25 % des directeurs généraux de la liste des grandes entreprises cotées à la Bourse de Stockholm (« large cap » avec une capitalisation de plus de 1 Md€) sont d’origine étrangère contre 15 % en 2010. Cette tendance ne se confirme, en revanche, pas pour la catégorie des entreprises de taille intermédiaire (Mid cap avec capitalisation comprise entre 150 M€ et 1Md€) puisque la proportion de dirigeants étrangers est non seulement plus faible (14 %), mais aussi stable depuis 2010. La nationalité la plus courante pour les CEO de ces entreprises reste danoise (8 dirigeants, dont Christian Clausen chez Nordea, Frank Vang Jensen pour Handelbanken, Jürgen Madsen Lindeman pour MTG, etc…) suivi par le Canada (7 dirigeants, dont Paul Conibear chez Lundin Mining, Ron Hochstein pour Lundin Gold, Cameron McDonough pour Sobi, etc…) et le Royaume-Uni (Keith McLoughlin chez Electrolux, Ashely Heppenstall pour Lundin Petroleum, etc..). Parmi les Français sur cette liste, on note Pascal Soriot pour AstraZeneca et Jérôme Arnaud pour Doro.

Fondations. La fondation Knut & Alice Wallenberg (sphère d’influence de la famille Wallenberg) alloue annuellement environ 200M€ à divers projets de R&D en Suède. Le dernier grand projet financé partiellement par cette fondation (140M€ sur 190M€) porte sur le développement de l’excellence locale dans le domaine des technologies de l’information pour les systèmes autonomes (Wallenberg Autonomous Systems Program). Le projet repose sur une collaboration entre plusieurs universités suédoises (KTH, Chalmers, Lund et Linköping) avec une participation active de multinationales telles que Ericsson (télécoms), Saab (technologies de la défense) et Boliden (industries minières). La recherche appliquée sera notamment conduite par une centaine de chercheurs en informatique, traitement des signaux et de la robotique, dont la moitié sera issu du monde académique et l’autre des entreprises partenaires. Le projet est piloté par l’Université de Linköping (M. Mille Millnert).

Spotify. Une semaine après le lancement de l’offre de streaming musical de l’américain Apple, l’opérateur de téléphonie TeliaSonera (dont l’Etat suédois est l’actionnaire de référence et qui a une présence internationale dans plusieurs pays de l’ex bloc soviétique) est rentré dans le capital de Spotify à hauteur de 1,4 % au prix de 950 M SEK (soit environ 100 M €). Le DG de TeliaSonera compte sur cette collaboration pour développer son offre de services innovants. Pour mémoire, l’un des deux fondateurs de Spotify, Martin Lorentzon, siège dans le Conseil d’Administration de TeliaSonera depuis 2013. Ce financement valorise Spotify (qui n’est pas coté en bourse) à 68 Mds SEK soit le double de sa valorisation estimée à l’automne 2013.

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Directeur de la publication : Pierre-Alexandre Miquel (Chef du SER)
Revu par : Olivier Redoulès (SER Stockholm)
Service Economique Régional (SER) de Stockholm
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Adresse : Storgatan 11 // 114 44 Stockholm

Avec les contributions des Services Economiques de Copenhague (Marine Artz, Jasmine Crozier, Michel Lallemand, Philippe Martinez), Helsinki (Nadine Mouy, Cyrille Karamitsos), Oslo (Christian Fatras, Emmanuel Frételliere, Nicolas Redon), et du Service Economique Régional de Stockholm (Frédéric Lemaitre, Olivier Redoulès).

Dernière modification : 22/06/2015

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