La Quinzaine nordique n°92

La Quinzaine nordique est réalisée par le Service économique régional deux fois par mois. Elle rassemble des brèves économiques et financières sur les cinq pays nordiques.

Danemark

PNGCompétitivité. Le syndicat agricole Landbrug & Foedevarer estime que les entreprises danoises ont un potentiel à l’exportation de 100 Mds DKK, qu’elles n’exploiteraient qu’à 80%. Le syndicat jugent qu’elles restent souvent dans leur zone de confort et ne sont présentes sur les marchés américains et africains qu’à respectivement 49 % et 43 % de leur potentiel. En 2015, la compétitivité des entreprises danoises s’améliorerait et les exportations croitraient de 4 % à 5 %. La Chine reste une destination privilégiée pour les exportateurs danois notamment dans les secteurs agroalimentaire (Danish Crown) et de la mode (Kopenhagen Fur).

« Plan croissance ». Le gouvernement danois a présenté le 6 mai 2015 son 3ème « plan croissance » avec une enveloppe de 300 M € sur cinq ans. Sa principale orientation est l’allègement de la fiscalité des entreprises, pour un montant de 30 M€ par an à partir de 2017. Le gouvernement a initié une phase de concertation avec les deux plus grandes organisations patronales du pays, DI et Dansk Erhverv, pour identifier les taxes à réduire en priorité.

Parité. Le cabinet McKinsey observe que la parité homme-femme qui prévaut au moment d’entrer sur le marché du travail s’érode par la suite. McKinsey attribue cette divergence à la culture d’entreprise au Danemark, où seulement 40 % des sociétés estiment que la parité fait partie de leurs priorités (contre 53 % dans le reste de l’Europe). Il observe notamment que si plus de 80 % des entreprises danoises proposent un aménagement du temps de travail, seules 22 % le prennent en compte dans leur politique d’évaluation en matière d’évolution de carrière. Au total, en 2013, seuls 7 % des membres de comités exécutifs étaient des femmes au Danemark (contre 9 % en France). De même, en 2014, 22 % des membres de conseils d’administration étaient des femmes (contre 30 % en France).

Finlande

Coalition gouvernementale. Juha Sipilä, le chef du parti du Centre a annoncé, jeudi 7 mai 2015, qu’il négocierait la formation du prochain gouvernement avec deux partis, le parti populiste des Vrai Finlandais et le parti conservateur Kokoomus. Avec 49 députés pour le parti du Centre, 38 pour les Vrais Finlandais et 37 pour le parti conservateur, la future coalition gouvernementale devrait réunir une majorité de 124 sièges sur les 200 que compte le Parlement.

Investissement. L’énergéticien Fortum a annoncé avoir obtenu un financement de 17 M € de la part du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de la Commission européenne, pour le projet de recherche sur l’énergie houlomotrice CEFOW (Clean Energy From Ocean Waves) qu’il coordonne, en collaboration avec d’autres acteurs finlandais, suédois et britanniques (Wello Ltd, Mojo Maritime Ltd, Wave Hub Limited, Green Marine (UK) Ltd, Université d’Uppsala, Université de Plymouth et l’Université d’Exeter).

Emploi. En 2014, le taux d’emploi a légèrement diminué à 68,3 % soit 0,2 point de moins (9000 personnes) qu’en 2013. L’affaiblissement du taux d’emploi a en particulier affecté les hommes (-0,5 point), si bien que les taux d’emploi entre hommes et femmes n’ont jamais été si proches (respectivement 68,7 % et 67,9 %). A noter que le taux d’emploi de tous les groupes d’âge diminue, sauf pour le groupe des plus de 55 ans où le nombre d’employés progresse de 13 000 par rapport à 2013. Parallèlement le taux de chômage fin 2014 s’élevait à 8,7 %, en hausse de 0,5 point en un an, à 9,3 % pour les hommes et 8,0 % pour les femmes. Le taux de chômage des jeunes a également augmenté, à 20,5 %, le taux d’activité des jeunes étant proche de 50 % en Finlande.

Islande

Conjoncture. L’Institut statistique islandais prévoit que la croissance en Islande atteindrait 3,8 % en 2015 puis +3,2 % en 2016, après +1,9 % en 2014. L’investissement serait le principal moteur de la croissance (+18,1 % en 2015 puis +16,3 % en 2016). La consommation des ménages serait dynamique (+3,8 % en 2015), bénéficiant du soutien apporté par le programme du gouvernement d’allègement des dettes hypothécaires. Les exportations ralentiraient progressivement, alors que les importations reflèteraient le dynamisme de la demande interne : au total, l’excédent courant se résorberait dès 2016. L’inflation se redresserait progressivement, à +1,7 % en 2015 puis à +3,0 % en 2016 : l’Institut estime que l’état des négociations salariales, avec un écart significatif entre les exigences des employés et des entreprises, crée de l’incertitude sur la trajectoire de l’inflation.

Norvège

Charbon. Le gouvernement a présenté le 23 avril 2015 un plan de soutien financier de 500 MNOK (59 M€) au bénéfice de Store Norske, seul producteur norvégien de charbon, qui est basé dans le territoire autonome du Svalbard. Dans le même temps, le fonds souverain annonçait avoir réduit de 15 à 8 sociétés et de 800 à 500 Mds NOK les investissements de son portefeuille dans l’industrie charbonnière mondiale, pour raisons environnementales.

Marché du travail. Dans un pays où le chômage n’est habituellement pas un sujet de débat, le passage du taux de chômeurs au-dessus de la barre des 4,1 % en février a suscité des remous dans la presse qui observe que la hausse est particulièrement forte pour les chômeurs de longue durée (sans emploi depuis plus de 26 semaines). Par ailleurs, suite à la publication de statistiques sur le nombre de jeunes déclarés inaptes au travail, en hausse de +50 % en cinq ans, la directrice de NHO (le patronat norvégien) a déclaré que la Norvège risque de voir apparaître une segmentation entre deux marchés du travail distincts, l’un pour les personnes qualifiées, et l’autre pour les personnes peu qualifiées, dans lequel les jeunes sans formation, les immigrés et les personnes présentant un handicap seraient surreprésentés. Plusieurs mesures sont évoquées pour inverser cette tendance, dont la possibilité de rendre l’école maternelle obligatoire.

Immobilier. Le gouvernement a achevé les consultations au sujet des mesures susceptibles de limiter la hausse des prix dans l’immobilier (voir QN n°89) et doit maintenant formuler un plan sur cette base. La Banque de Norvège estime que les principales mesures discutées auraient écarté un tiers des emprunteurs hypothécaires en 2013 si elles avaient été appliquées à cette époque.

Exploitation. Alors que les mauvaises perspectives d’investissements dans le secteur pétrolier (QN n°91) se renforcent, avec une baisse de 24 % des forages de puits d’exploration en 2015 par rapport à 2014, le Ministère a publié le 21 avril la liste des blocs retenus cette année pour l’attribution des APA (licences d’exploitation pour des zones limitrophes de zones d’exploitation matures où il existe déjà des infrastructures). Ces blocs sont situés pour 35 d’entre eux en Mer de Norvège et pour 11 d’entre eux en Mer de Barents. La date limite pour le dépôt de candidature est fixée au 2 septembre 2015.

Construction routière. Le gouvernement a annoncé le 17 avril la création d’une société routière qui aura la charge de la planification, de la construction et de la gestion des tronçons norvégiens du réseau européen TEN-T. Société Anonyme à capitaux publics, elle débutera ses activités le 1er janvier 2016 et sera financée par l’Etat. Elle aura dans un premier temps la responsabilité de construire 532 km d’autoroutes, pour environ 131,3 Mds NOK (15,5 Mds €).

Suède

TVA sur les services postaux. La Cour de justice européenne a décidé que la Suède devra exonérer les timbres-poste de la TVA, conformément à la réglementation européenne. Plusieurs grands groupes suédois ont déjà déposé plainte pour obtenir réparation de la part de l’Etat suédois, dont la banque nordique Nordea, qui exige plus de 50M€ de dommages pour la TVA versée depuis 10 ans pour les services postaux, et la compagnie d’assurance If (7M€).

Budget. Le gouvernement Löfven (S) étudie la possibilité de créer un « budget d’investissement » à côté du budget de l’Etat pour assurer le financement des projets d’infrastructures lourds, notamment les futures lignes de TGV Stockholm-Göteborg et Stockholm-Malmö. Evoquée lors d’une interview donnée par le Premier Ministre Stefan Löfven « Sweden Considers Investment Budget to Cut Unemployment », cette initiative devrait faire l’objet de discussions lors du Congrés du Parti Social-Démocrate.

Délocalisations. Après une première vague de délocalisations dans les années 1990 vers des pays à faibles coûts de main d’œuvre qui avaient d’abord touché les industries traditionnelles (textile, auto…), ces dernières années ont vu s’accélérer le mouvement portant sur des secteurs d’excellence du pays. Selon une tribune de chercheurs de l’Institut Royal des technologies (KTH), publiée sur www.clusterobservatory.eu, le nombre d’emplois dans des secteurs de pointe ne cesse de diminuer, ce qui serait également le cas pour la Finlande. La baisse des effectifs globaux entre 2001 et 2011, en Suède, était de -30% dans le secteur des TIC et de -42% pour les « Life sciences » (avec les délocalisations d’AstraZeneca et le rachat du suédois Pharmacia par Pfizer en 2003) et de -50% pour les télécom (restructurations de Ericsson, démantèlement de SonyEricsson…). A noter que, dans le secteur « Life science », ce sont les sous-secteurs de la pharmacie (-70% d’emplois entre 2001 et 2011) et des biotechnologies (-63%) qui accusent les plus fortes baisses d’emplois, alors que les effectifs dans les équipements médicaux ont augmenté de +12 %.

Vattenfall. L’énergéticien a annoncé une accélération du calendrier du démantèlement de son parc nucléaire à l’occasion de la communication de ses résultats trimestriels (CA stable, mais bénéfices à la baisse). Selon Magnus Hall, CEO de Vattenfall, la décision d’anticiper la fermeture des deux plus anciens réacteurs de la centrale Ringhals au sud de Göteborg entre 2018 et 2020, et non plus à l’horizon 2025, repose sur des considérations commerciales (Ringhals 2 est, par ailleurs, à l’arrêt depuis le 15 janvier 2014 en raison de travaux liés à des problèmes techniques) : faiblesse des prix de l’électricité) et hausse des coûts de production (coûts d’entretien et de rénovation de réacteurs arrivant en fin de vie). La décision devra être formellement adoptée par le conseil d’administration de la centrale de Ringhals, sous réserve d’un accord entre les deux actionnaires Vattenfall (70,4% du capital de la centrale Ringhals) et l’allemand E. On (29,6%), dont la position n’est pas connue à ce stade. Pour les autres réacteurs de Vattenfall (Ringhals 3 et 4 et Forsmark 1, 2 et 3), le calendrier reste inchangé et prévoit toujours une fermeture à l’horizon 2040. Le bouquet énergétique de Vattenfall était en 2014 composé de 48% de combustibles fossiles, 29% de nucléaire, 20 % d’hydraulique, 2% d’éolien et 1% de biomasse/déchets.

Cevian Capital. Le fonds « activiste » Cevian Capital, actionnaire important de groupes tels que Volvo AB (poids lourds/véhicules industriels), Danske Bank et Thyssen Krupp, a trouvé un écho certain dans la presse ces dernières semaines en Suède, depuis qu’il a obtenu un siège au conseil d’administration de Volvo dans lequel il est désormais le 2ème actionnaire après Industrivärden (en droits de vote) et contribué au départ du CEO Olof Persson en raison de résultats jugés insatisfaisants. Cevian, qui compte pas moins de 14 entreprises dans son portefeuille, et 124 Mds SEK de trésorerie (plus de 13 Md€), figure parmi les fonds « activistes » les plus importants après ceux du milliardaire américain Carl Icahn et Value Act (Jeffrey Ubben) et son importance est comparable à celle de Pershing Square Capital (Bill Ackman) et Jana Partners (Barry Rosenstein). Par ailleurs, Carl Icahn a financé les fonds Cevian par le passé et conserverait, selon la presse, des liens professionnels et amicaux vieux de 15 ans avec le managing partner de Cevian, Christer Gardell.

Grande distribution. La grande distribution suédoise reste dominée par trois acteurs locaux, ICA, COOP et Axfood, qui contrôlent ensemble plus de 85 % des parts de marché. Cette prédominance repose surtout sur la force du groupe ICA, qui ne cesse d’augmenter ses parts de marché (pdm de 50,8 % en 2014) et dont le succès repose sur un réseau de plus de 1 300 magasins en Suède (plus de 2 000 pour l’ensemble de la zone nordique et les pays baltes) : récemment, ICA a accéléré le déploiement de ses propres marques distributeur, tant pour les premiers prix (ICA basic/Euroshopper) que pour les produits bio, tout en se développant sur d’autres secteurs comme la banque (ICA banken) et la pharmacie, avec le rachat du 2ème réseau de pharmacies Apoteket Hjärtat AB en novembre 2014 (Ica détient désormais 350 pharmacies pour une pdm de 30 %). Si le groupe Axfood (enseignes : Willys pour les hypermarchés et Hemköp pour les supermarchés) parvient à maintenir sa part de marché au-dessus de 15 % (15,8 % en 2014), le numéro deux du secteur, la coopérative COOP Sverige (pdm de 20,5 % en 2014) est pour sa part en perte de vitesse et ne parvient pas, en dépit de la vente d’activités annexes, à se redresser. La grande distribution suédoise est aussi marquée par une faible présence d’acteurs étrangers puisque seuls Lidl et le danois Netto ont pour l’heure fait l’effort de développer leurs propres réseaux, essentiellement dans le tiers sud du pays, qui concentre les deux-tiers de la population. Ces deux groupes implantés en Suède respectivement depuis 2003 et 2002 ont cherché à développer leur présence commerciale de manière organique, et non pas via le rachat de structures locales déjà existantes. Cette stratégie d’expansion « à petit pas » (3,6 % de pdm pour Lidl et 2,3 % pour Netto en 2014) s’avère pour l’heure onéreuse puisque les pertes cumulées au fil des années représenteraient, selon la presse locale, désormais 100M€ dans le cas de Netto et plus de 300M€ dans le cas de Lidl. En dépit des difficultés rencontrées, les deux acteurs comptent toutefois accélérer leur rythme d’expansion afin de gonfler leur part de marché cumulée, de 6 % aujourd’hui à près de 10 % d’ici 2020.

PPP. Les conditions de construction du plus gros projet PPP en Suède, le nouvel hôpital universitaire Karolinska situé à Solna - Stockholm, continuent de faire polémique dans la presse. Initialement prévu pour un coût de 14,5 Mds SEK (1,6 Mds €), le budget serait prêt de doubler puisqu’une centaine de commandes annexes auraient été signées, portant le coût global de ce projet à près de 25 Mds SEK (2,8 Mds €).

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Directeur de la publication : Pierre-Alexandre Miquel (Chef du SER)
Revu par : Olivier Redoulès (SER Stockholm)
Service Economique Régional (SER) de Stockholm
Ambassade de France en Suède
Adresse : Storgatan 11 // 114 44 Stockholm

Avec les contributions des Services Economiques de Copenhague (Marine Artz, Jasmine Crozier, Michel Lallemand, Philippe Martinez), Helsinki (Nadine Mouy, Cyrille Karamitsos), Oslo (Christian Fatras, Emmanuel Frételliere, Nicolas Redon), et du Service Economique Régional de Stockholm (Frédéric Lemaitre, Olivier Redoulès, Adrien Delanoë).

Dernière modification : 13/05/2015

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