La Quinzaine nordique n°84

La Quinzaine nordique est réalisée par le Service économique régional deux fois par mois. Elle rassemble des brèves économiques et financières sur les cinq pays nordiques.

Nordiques

PNGFiscalité. La baisse des taux de l’impôt sur les sociétés (IS) continue dans les pays nordiques. La Norvège annonce à son tour qu’elle envisage de faire passer le taux d’IS de 27 % à 20 % en 2015, comme la Finlande en 2014 (de 26 % à 20 %). En Suède, le taux d’IS avait diminué de 28 %, son niveau jusqu’en 2008, à 26,3 % en 2009 puis à 22 % en 2013, et il existe un débat politique pour le ramener à 20 % dans les années à venir. Au Danemark, le taux d’IS est passé de 25 % en 2013 à 24,5 % en 2014 et devrait baisser à 22 % en 2016. A titre de comparaison, le taux moyen de l’IS est de 21,3 % dans l’UE et de 24,1 % pour les pays de l’OCDE.

Danemark

Budget. Le gouvernement danois a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2014 (+0,7 %, contre +1,4 % annoncé précédemment) et pour 2015 (+1,4 %, contre +2 %), la consommation des ménages et les investissements des entreprises évoluant de manière moins dynamique qu’anticipé. Le solde budgétaire pour 2014 serait excédentaire, à 1,8 % PIB, en raison de recettes exceptionnelles tirées de la remise à plat du dispositif de retraites par sortie en capital et du niveau historiquement élevé des recettes issues de la taxe sur les intérêts et dividendes perçus au titre de plans d’épargne-retraite.

Plan Juncker. Le Danemark a transmis une liste de 26 projets à la Commission, la plupart centrés sur le secteur des transports, pour un montant total de 23 Mds €. Le plus important d’entre eux concerne le tunnel du Femern (liaison ferroviaire et routière sous-marine dont le début des travaux est fixé au second semestre 2015) qui doit relier le Danemark à l’Allemagne en principe à partir de 2021. Les autorités danoises soulignent le niveau déjà élevé des investissements publics au Danemark, autorisé par la bonne tenue des finances publiques

Lima. Les autorités danoises et la société civile saluent « le pas sur la route vers Paris » que constitue l’accord conclu récemment à Lima, mais souhaitent néanmoins que le niveau d’ambition soit revu à la hausse au cours des prochains mois. Le ministre du Climat et de l’Energie, Rasmus Helveg Petersen, estime notamment que la prise en compte du niveau de développement de chaque pays dans la réduction des émissions est une question restée sans réponse et que la répartition actuelle des efforts entre les pays industriels traditionnels et les pays émergents n’est plus pertinente aujourd’hui. Les ONG danoises (92-gruppen) doutent quant à elles de l’engagement pris par les Etats de communiquer leurs objectifs en termes de réduction des émissions de CO2 avant la tenue de la COP21.

Finlande

Lima. La presse finlandaise reflète la déception de beaucoup d’observateurs à l’égard des résultats du Sommet de Lima même si la ministre de l’Environnement, Mme Grahn-Laaksonen, a estimé qu’un accord à Paris pour la COP21 n’était pas pour autant hors d’atteinte. En particulier, le fait qu’il sera difficile d’assurer la comparabilité et la cohérence des objectifs entre pays est critiqué, de même que la distinction entre les pays industrialisés et les pays en développement. Selon le quotidien Helsingin Sanomat, s’il n’est pas possible de parvenir à un accord légalement contraignant sur le climat à Paris, l’UE devrait réfléchir à des alternatives, par exemple au niveau du G20.

Plan Juncker. Le coût total des projets proposés par la Finlande dans le cadre du plan Junker s’élève à 300 M€. La liste comprend quelques grands projets d’infrastructures, comme la ligne ferroviaire à grande vitesse entre Helsinki et Turku ou un terminal pour les importations de gaz liquéfié naturel, mais aussi des projets transversaux, en particulier un projet visant à développer au niveau européen un système de e-gouvernement à destination des entreprises. La Finlande estime que la procédure de mise en place des financements ne doit pas être ad hoc mais être conforme à celle utilisée habituellement pour les financements de la BEI et qu’il faut veiller à ce que les projets sélectionnés présentent un intérêt économique collectif suffisant.

Conjoncture. Le Ministère des finances et la Danske Bank ont revu le 17 décembre à la hausse leurs prévisions de croissance pour 2014 (de -0,4 % à +0,2 % pour la Danske et de 0 % à +0,1 % pour le gouvernement). En revanche, les perspectives pour 2015 sont revues à la baisse dans les deux cas : +0,5 % au lieu de +0,8 % pour la Danske et +0,9 % au lieu de +1,2 % pour le gouvernement. La Danske Bank met en avant pour 2015 les risques de récession en Russie, analyse partagée par la Banque de Finlande qui a le 11 décembre corrigé à la baisse ses prévisions de croissance pour 2014 et 2015 (-0,2 % au lieu de 0 % pour 2014 et +0,1 % pour 2015 au lieu de +1,4 %).

Gouvernance. Le National Audit Office (VTV) a publié le 16 décembre un rapport dans lequel il souligne l’optimisme des prévisions de croissance du Ministère des finances finlandais. L’effet du ralentissement de l’économie sur les recettes et dépenses publiques auraient de ce fait été mal apprécié et les efforts d’ajustement budgétaires n’auraient pas été suffisants. Le NAO relève aussi que les réformes structurelles annoncées par le gouvernement ne seront pas achevées avant les élections législatives d’avril 2015.

Russie.
A la bourse d’Helsinki le 17 décembre, la chute des cours de plusieurs entreprises reflétait l’ampleur de leur engagement en Russie. La crise du rouble et les perspectives de récession en Russie fragilisent non seulement les grandes entreprises finlandaises ayant investi ou exportant en Russie (Fortum, YIT, Nokian Tyres, Lemminkainen, Vali) mais aussi de nombreuses PME et les grands acteurs du secteur de la distribution (Stockman, Kesko, SOK) qui souffrent du recul des recettes du tourisme en provenance de Russie. Selon les estimations du centre de recherche TAK, le nombre de touristes russes en Finlande a diminué de 20 % cet automne par rapport à l’automne 2013. Plusieurs magasins de Lappeenranta ou Imatra, ouverts non loin de la frontière russe pour répondre à cette demande ont déjà fermé leur portes.

Islande

Contrôles. La Banque centrale a donné son accord pour autoriser, à titre dérogatoire, le remboursement partiel des créanciers étrangers de Landsbanki, pour un montant de créances de 400 Mds ISK (soir 20 % PIB). Cette décision rend possible le rééchelonnement de la dette de Landsbanki avec ses créanciers étrangers, qui était identifié par la banque centrale une précondition nécessaire à la levée des contrôles de capitaux. A ce titre, le Groupe de pilotage sur la levée des contrôles a présenté des propositions au comité parlementaire en charge du dossier, qui ont pour l’instant reçu un accueil critique de la part du chef du parti social-démocrate, Arni Pall Arnason. Selon Lee Buchheit, qui conseille le gouvernement islandais sur ce dossier et qui a dirigé les négociations islandaises dans le cadre de l’affaire Icesave, un premier plan de levée des contrôles pourrait être présenté au gouvernement début 2015.

Croissance. La croissance du PIB pour les neuf premiers mois de 2014 s’établit à +0,5 %, bien en deçà des prévisions généralement inscrites pour l’ensemble de l’année 2014 (autour de +3,0 %). L’écart tiendrait à une part plus importante des importations dans la fourniture de la demande interne, notamment de l’investissement.

Energie. L’entreprise islandaise Carbon Recycling International va construire en Allemagne une usine expérimentale permettant de recycler en méthanol du dioxyde de carbone issu de centrale à charbon. Le projet aurait un coût de 11 M € et serait en partie financé par le programme UE 2020 Recherche et Innovation.

Russie. Les exportateurs de poisson islandais suspendent leurs ventes de poisson à la Russie pour cause d’impayés. En 2014, les exportations de poisson vers la Russie représentaient 16 Mds ISK soit près de 1 % PIB.

Norvège

Politique monétaire. La banque centrale a annoncé jeudi 11 décembre une baisse de son taux directeur 1,5 % à 1,25 %. La baisse du cours du Brent fait craindre un fort ralentissement de l’économie et la Norges Bank a revu à la baisse sa prévision 2015 de croissance économique (PIB continental : hors secteur hydrocarbures) à 1,5 % contre 2,1 % jusqu’à présent.

Espionnage. Un scandale d’écoutes téléphoniques agite actuellement la Norvège depuis des révélations du journal Aftenposten. Armé de la dernière génération de matériel de cryptologie, le quotidien a procédé du 10 octobre au 21 novembre à une analyse minutieuse des bandes d’ondes de téléphonie mobile captées autour de bâtiments gouvernementaux, dont le Parlement et la résidence de la Première Ministre, ainsi que dans les quartiers d’affaires d’Aker Brygge et Tjuvholmen. Ces tests ont révélé la présence d’appareils d’interception de signaux IMSI (identité internationale d’abonné mobile), conduisant les services de renseignements norvégiens à s’orienter vers la piste d’écoutes illégales par des puissances étrangères.

Lima. La Ministre de l’Environnement, Tine Sundtoft, s’est déclarée satisfaite du respect du calendrier des négociations en vue d’un accord international à Paris, et a souligné le rôle de conciliateur de la Norvège durant les négociations. L’issue des négociations climatiques à Lima n’a pas entraîné de réactions de la classe politique norvégienne, hormis de la part des Verts qui estiment que le texte adopté à Lima revient à laisser chaque pays s’engager à faire aussi peu d’efforts qu’il le souhaite, à cause de l’absence d’un objectif global. Les organisations environnementales sont par contre très amères, Bellona déclarant que les négociations de Lima montrent qu’on se dirige vers le scénario des « 4 degrés » et Naturvernforbundet s’indigne que Lima ne soit qu’ « un pas de souris » sur le chemin de l’accord de Paris. La presse relève que les négociations se heurtent à une vision datée, distinguant pays « riches » et « pauvres » selon des critères mis en place en 1992, et à un principe de « différentiation de l’effort », entériné à Berlin en 1995, qu’elle juge contre-productif.

Objectifs climat. Alors que la Norvège a annoncé durant la conférence 76 millions de NOK de dotation à un nouveau programme de restauration de la forêt vierge, un sondage commandé par Kirkens Nødhjelp révélait que 71 % des norvégiens pensent que la Norvège n’en fait pas assez pour réduire les émissions. Les Verts estiment que la Norvège doit se conformer à des objectifs au moins aussi ambitieux que ceux de l’UE. Les objectifs post-2020 de réduction d’émissions de la Norvège seront présentés au Parlement en février prochain.

Suède

Filiales. Le nombre de filiales d’entreprises françaises implantées en Suède a presque doublé entre 2000 (223 filiales) et 2013 (408 filiales), alors que le nombre d’employés a progressé à un rythme nettement moins soutenu durant cette même période (de 35 000 à 42 500 employés). Les deux premiers employeurs français en Suède sont Sodexo (8 000 employés) et Keolis ( 6 300 employés).

Attractivité. Selon une étude réalisée par le Boston Consulting Group (BCG), la Suède est la 10ème destination la plus prisée par les expatriés (pour les participants de tous horizons), alors que la France occupe le 6ème rang.

Transports. Le projet de mettre en place un téléphérique urbain à Göteborg prend forme. Selon la presse locale, la municipalité de Göteborg est en train de passer des annonces en Europe pour trouver des fournisseurs potentiels. Si tous les projets sont conclus dans les temps, les habitants de la ville pourront utiliser ce nouveau mode de transport en 2021, pour la célébration du 400 anniversaire de la ville.

COP20. La Ministre de l’Environnement, Åsa Romson, qui a participé au Sommet de Lima, se dit satisfaite du résultat des négociations, estimant qu’on ne pouvait pas réellement attendre de la Conférence de Lima un texte plus ambitieux, mais elle déplore les clivages persistants Nord-Sud qui freinent les négociations. L’ambassadrice pour le climat Anna Lindstedt souligne que la Suède a su jouer un rôle fort de médiateur entre de nombreux pays grâce à sa bonne réputation en matière de climat. Cependant le contenu de l’accord est qualifié de « faible » et d’« édulcoré » par la presse et les ONG environnementales, qui font part de leur inquiétude à l’égard du risque d’absence d’accord pour la période critique 2015-2020.

Nordea.
La presse observe que Nordea est la seule banque suédoise significativement exposée en Russie, avec un encours de crédit en Russie à 63 Mds SEK (et un passif à 10 Mds SEK), et qu’elle est également exposée à la Finlande, qui pâtit de la récession en Russie, et à la Norvège, dont la devise s’est fortement dépréciée en lien avec la baisse des prix pétroliers. Au niveau sectoriel, la presse note que Nordea est exposée aux secteurs liés à l’industrie pétrolière et au shipping. Le directeur des relations avec les investisseurs, Rodney Alfven, souligne néanmoins que la clientèle de Nordea est constituée d’entreprises globales, dont les revenus sont principalement en dollar ou en euros.

Change. La couronne suédoise s’est fortement dépréciée face à l’euro au cours des deux dernières semaines, passant de 9,29 SEK/€ le 5 décembre 2014 à 9,47 SEK/€ le 19 décembre. La dépréciation s’est enclenchée le 11 décembre, à la sortie du chiffre d’inflation du mois d’octobre, à -0,2 %, puis s’est accentuée jusqu’à la décision de politique monétaire du 16 décembre, la SEK atteignant 9,52 SEK/€ le 17 décembre, son taux le plus bas depuis juillet 2010. La décisions de politique monétaire, avec l’annonce de la prolongation de la période de taux zéro mais pas de mesure d’assouplissement quantitatif, a pu contribuer au léger rebond ensuite. Outre les développements de la politique monétaire, d’autres évènements ont sans doute affecté le cours de la couronne, comme la dégradation de la situation économique et financière en Russie, notamment la dépréciation du rouble (même si les cours boursiers des entreprises suédoises ne signalent pas d’évolution plus marquée que dans d’autres pays européens).

Croissance. L’institut de conjoncture KI a fortement révisé à la baisse sa prévision de croissance pour 2015, de +3,2 % à +2,3 %, principalement en raison d’un moindre dynamisme de l’investissement des entreprises et des exportations. Pour 2014, KI attend une croissance de +1,7 % contre +1,8 % auparavant.

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Directeur de la publication : Pierre-Alexandre Miquel (Chef du SER) Revu par : Olivier Redoulès (SER Stockholm) Service Economique Régional (SER) de Stockholm Ambassade de France en Suède Adresse : Storgatan 11 // 114 44 Stockholm Avec les contributions des Services Economiques de Copenhague (Simone Le Ray, Marine Artz, Philippe Martinez), Helsinki (Nadine Mouy, Cyrille Karamitsos), Oslo (Christian Fatras, Emmanuel Frételliere, Nicolas Redon), et du Service Economique Régional de Stockholm (Eléonore Gautier, Frédéric Lemaitre, Olivier Redoulès).

Dernière modification : 18/01/2015

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