La Quinzaine nordique n°105

La Quinzaine nordique est réalisée par le Service économique régional deux fois par mois. Elle rassemble des brèves économiques et financières sur les cinq pays nordiques.

Pays nordiques

PNG Fiscalité des entreprises. Selon le rapport « Paying taxes 2016 » publié par la Banque mondiale et par le cabinet d’audit international PWC, le taux d’imposition total moyen des entreprises (IS, charges patronales et toutes les autres taxes auxquelles sont soumises les entreprises) varie fortement au sein des pays nordiques. Le taux d’imposition moyen d’une entreprise au Danemark ne représente, par exemple, que 24,5 %, alors que la moyenne des 189 pays étudiés est de 40,9 % ; ce même taux est de 29,6 % pour l’Islande, de 37,9 % pour la Finlande et de 39,5 % pour la Norvège. La Suède applique le taux le plus élevé parmi les pays nordiques, à 49,1 % : le taux de l’IS est faible (22 %), mais le taux des charges sur le travail est plus élevé (taux moyen de charges patronales de 31,42 %).

Danemark

Croissance. Selon l’Institut danois des statistiques, le PIB aurait reculé de -0,1 % au 3e trimestre 2015, après une progression de +0,2 % au 2e trimestre et de +0,7 % au 1er trimestre. Sur un an, le PIB aurait progressé de +1,4 %. Le recul constaté sur le 3e trimestre, après huit trimestres consécutifs de hausse, résulte de la baisse des exportations de biens et services (-1,7 %), alors que la consommation des ménages est restée inchangée et que les investissements ont évolué positivement (+0,8 %). Le gouvernement vient d’abaisser légèrement sa prévision de croissance pour 2015 (de +1,5 % à +1,4 %), et laisse celle pour 2016 inchangée (+1,9 %).

Production industrielle. En dépit d’une baisse (-0,5 %) entre septembre et octobre, l’indice de production industrielle a progressé de +3 % entre la période mai-juillet et la période août-octobre et de +3,7 % sur un an, se rapprochant de son niveau d’avant-crise. La presse observe que le rétablissement de la production industrielle après la crise apparaît plus avancé au Danemark qu’en Allemagne et surtout qu’au Royaume-Uni ou qu’en Suède.

Exportations. Les exportations danoises de marchandises atteignent des niveaux records vers l’Allemagne et les États-Unis en 2015. Pour l’Allemagne, les exportations croîtraient de +3 % en 2015 et de +10 % en 2016, selon les prévisions de la chambre de commerce germano-danoise, grâce au développement des exportations danoises vers le sud de l’Allemagne, dans un contexte d’augmentation de la consommation privée en Allemagne ; la Chambre de commerce a également publié un sondage selon lequel 80 % des entreprises danoises sont optimistes quant à leurs exportations vers l’Allemagne. Concernant les États-Unis, la Confédération des industries danoises estime que les entreprises danoises sont celles qui bénéficieraient le plus, en Europe, du dynamisme de la reprise américaine, grâce à un positionnement de gamme favorable, permettant une hausse des exportations danoises de biens vers les États-Unis de +24 % en 2015.

Finlande

Conjoncture. Les derniers résultats disponibles pour 2015 laissent attendre une 4e année de récession en Finlande : après un léger redressement aux 1er et 2e trimestres (respectivement +0,2 % et +0,4 %), le PIB recule de -0,5 % au 3e trimestre, soit au total -0,2 % sur un an. L’investissement reste toujours orienté à la baisse (-1,4 % au 3e trimestre, -3,9 % sur un an). Les exportations de biens et services reculent également (-0,7 % au 3e trimestre, -3,0 % sur un an), et la presse finlandaise donne deux explications à ce recul : d’une part, les effets pour la Finlande de la dépréciation de l’euro par rapport au dollar seraient atténués par la dépréciation des monnaies russe et suédoise, et d’autre part, les carnets de commandes de l’industrie manufacturière sont peu remplis, exception faite des commandes de bateaux de croisière affectées aux chantiers de Turku par leur nouveau propriétaire, l’allemand Meyer Werft. En revanche, les dépenses de consommation des ménages augmentent quelque peu, bénéficiant du report des échéanciers de paiement des emprunts immobiliers.

Energie.
La Commission européenne a accordé un financement de 5,4 M€ pour la construction d’un gazoduc, « le Balticonnector », qui reliera la Finlande et l’Estonie. L’entreprise publique Batic Connector Oy a été créée par l’État finlandais pour gérer le projet qui se fera en association avec l’entreprise estonienne Elering Gaas As. Le financement européen va permettre de poursuivre les travaux de planification.

Nokia. La vente du service de cartographie et de géolocalisation intelligente HERE a été finalisée début décembre pour 2,55 Mds€ au consortium automobile composé de BMW, Audi et Daimler. Cette vente s’inscrit dans la stratégie de Nokia de se recentrer sur les équipements de réseaux et sur la valorisation de son portefeuille de brevets. Par ailleurs, les actionnaires du groupe finlandais, réunis en Assemblée générale, ont approuvé à une très large majorité l’acquisition d’Alcatel-Lucent. La transaction devrait être effective au 1er trimestre 2016 à la condition qu’un nombre suffisant d’actionnaires d’Alcatel-Lucent apportent leurs actions et obligations convertibles à l’offre publique d’achat.

Négociations salariales. La Confédération patronale EK a annoncé qu’elle ne participera plus aux négociations salariales tripartites à partir du printemps 2016. Elle souhaite que les accords se fassent dorénavant dans les entreprises au niveau local, plutôt qu’au niveau des centrales syndicales. Dans cette optique, le gouvernement a désigné un groupe de travail tripartite pour étudier les possibilités d’augmenter les accords locaux à l’échelle des entreprises ; après cette première phase consultative qui devrait se terminer à la mi-mars, un projet de loi du gouvernement pourrait être présenté au parlement en mai 2016.

Islande

Conjoncture. La croissance du PIB s’élève à +4,5 % sur les 9 premiers mois 2015, comparé à la même période de l’année précédente. Elle est tirée par la consommation des ménages (+4,4 %), l’investissement (+15,8 %) et les exportations (+7,4 %). L’activité de tourisme est toujours très dynamique, avec un rythme de croissance de +20 % par an (sur une période de 12 mois glissante). Dans ce contexte, les salaires accélèrent : +3,5 % entre le 2e et le 3e trimestres 2015, et sur un an, la hausse atteint +8.3 % dans le secteur privé et +6.7 % dans le secteur public. La Banque centrale laisse toutefois son taux directeur inchangé à 5.75 % et a réduit les exigences de réserves des banques, car l’inflation (+2,0 % en novembre) progresse moins rapidement qu’anticipé, en lien avec la baisse des prix de matières premières et l’appréciation de la devise islandaise.

Norvège

Secteur pétrolier. La nouvelle baisse du prix du baril le lundi 7 décembre a coïncidé avec l’annonce par l’entreprise National Oilwell Varco du départ de 900 employés. La presse se fait l’écho de craintes d’une dégradation de l’activité et de la situation de l’emploi aussi forte en 2016 qu’en 2015. La banque DNB a annoncé fin novembre s’attendre à plus de 26 000 suppressions d’emplois à venir dans le secteur des hydrocarbures. Les licenciements continuent de frapper en premier lieu des sous-traitants, mais le nombre d’employés touchés au sein des compagnies pétrolières devrait augmenter sur l’année 2016. Dans ce contexte, certains acteurs commencent, suite aux chiffres annoncés, à réclamer au gouvernement un plan d’aide.

Budget 2016. Les partis de la coalition au pouvoir en Norvège ont annoncé le 23 novembre être parvenus à un accord sur le projet de budget 2016, présenté en octobre par les deux partis Høyre et le Frp. Un des points d’achoppement avec les deux autres partis de la coalition, Venstre et Krf, était le financement du surcoût de 8 à 10 Mds NOK/an (40 à 50 Mds NOK sur 5 ans) lié à l’accueil des réfugiés en Norvège. La presse estime que le parti Krf et son président Knut Arild Hareide sortent en position de force des négociations car, conformément à leurs exigences, la baisse du budget de l’aide au développement sera limitée à 1,8 Md SEK (contre 4,3 Mds SEK évoqués initialement).

Fonds. Le CEO du Fonds souverain, Yngve Slyngstad, a annoncé deux axes d’action pour l’avenir : d’une part, investir dans les entreprises non cotées, et notamment dans des entreprises actives dans les énergies renouvelables, les transports et la gestion des réseaux ; d’autre part – en vertu d’une décision du parlement de mai 2015 – retirer ses participations dans des fournisseurs d’électricité utilisant plus de 30 % de charbon dans leur bouquet énergétique (le fonds a déjà lancé un processus de discussion avec ces entreprises afin d’évaluer les efforts qu’elles font dans ce domaine). Par ailleurs, le Fonds souverain souhaiterait, à terme, pouvoir investir plus de 5 % de son portefeuille dans l’immobilier.

Suède

Croissance. Le PIB suédois a progressé de +0,8 % au 3e trimestre par rapport au 2e trimestre 2015, et de +3,9 % en glissement annuel, au-delà des prévisions des observateurs locaux qui attendaient une croissance de resp. +0,4 % et +3,4 %. La croissance désormais attendue par la banque Nordea pour 2015 et 2016 (+3,7 % puis +3,8 %) dépasse de plus d’un point de pourcentage la croissance moyenne annuelle au cours des 20 dernières années (+2,5 % par an). Les principaux moteurs de la croissance en Suède en 2015 sont la consommation privée et les investissements, notamment la construction de logements.

Parité. Selon un rapport de la Confédération suédoise des entreprises, la part des femmes siégeant dans les Conseils d’administration d’entreprises cotées à la Bourse de Stockholm continue de progresser et passe de 24,7 % fin 2014 à 27,9 % fin 2015, alors qu’elle se situait à seulement 6,1 % en 2002 (la part des femmes dans les équipes dirigeantes des entreprises est dans le même temps passée de 11,1 % en 2002 à 19,5 % fin 2015). Pour mémoire, la promotion de la parité fait partie des priorités du gouvernement, qui a évoqué par le passé la possibilité de légiférer dans ce but.

Intérim. Le secteur de l’intérim en Suède représente environ 1,4 % de la population active et est caractérisé par une forte concentration autour de quelques acteurs dominants, souvent étrangers : la part de marché des trois premiers acteurs du secteur dépassait 50 % fin 2014, à savoir 22,5 % pour Manpower, 17,4 % pour Proffice et 11,3 % pour Addeco. Le suédois Proffice fait actuellement l’objet d’une OPA du groupe néerlandais Randstad, qui dispose déjà d’une filiale en Suède (pdm de 4,1 %).

Automobile. En novembre 2015, 32 380 voitures ont été immatriculées en Suède, soit une augmentation de +20 % par rapport au mois de novembre 2015 et un niveau record. Renault tire son épingle du jeu et entre dans le top 10 des constructeurs automobiles présents sur le marché suédois, avec une croissance de ses ventes sur le mois de novembre 2015 par rapport à novembre 2014 de +73 % (passant de 2,3 % de parts de marché à 3,3 %) ; il s’agit de la plus grande progression enregistrée sur les 15 premiers constructeurs automobiles en Suède. En revanche, Peugeot et Citroën enregistrent une baisse de leurs ventes de respectivement -5,1 % (passant de 3,5 % de pdm à 2,7 %) et -4,9 % (passant de 2,0 % de pdm à 1,6 %). Volvo et Volkswagen restent aux premières places du classement avec une croissance des ventes de +38,9 % pour Volvo (passant de 21,2 % de parts de marché à 24,3 %) et de +22,3 % pour Volkswagen (passant de 15,4 % de part de marché à 15,6 %).

Electrolux. Contraint par les règles antitrust aux États-Unis, Electrolux vient de confirmer l’abandon du projet de rachat de la division électroménager de General Electric ; le géant suédois de l’électroménager comptait sur le rachat de la division de GE pour 3,3 Mds USD pour renforcer sa position sur le marché US (l’opération aurait porté sa pdm aux États-Unis à 40 %). En outre, Electrolux devrait verser une indemnité de rupture de 175 MUSD à GE. L’abandon du projet d’acquisition de GE Appliances a fait chuter le titre d’Electrolux à la Bourse de Stockholm de près de -15 % durant la séance du lundi 7 décembre. La presse suédoise souligne que le rachat, antérieur, de Maytag par Whirlpool, a conduit à une concentration importante du secteur aux États-Unis, et que les parts de marché cumulées de Whirlpool et d’Electrolux auraient, par exemple, atteint 90 % dans le domaine des cuisinières aux États-Unis si le rachat de GE avait reçu l’approbation de l’Administration américaine, ce qui expliquerait sa réticence.

Attractivité/innovation. Mikael Damberg, ministre de l’Economie, du Commerce et de l’Innovation, affiche l’ambition de faire de Stockholm la deuxième scène mondiale de startups après la Silicon Valley. Pour y parvenir, le ministre a nommé un groupe de travail sur l’environnement fiscal et les conditions de recrutement d’experts étrangers. Selon les premières indications relayées par la presse locale, les options considérées incluraient, entre autres, la réduction du taux d’imposition des « stock-options » (de 68 % à 30 %) et la simplification des démarches d’obtention de permis de travail pour le recrutement d’experts étrangers (ingénieurs, informaticiens…). Pour mémoire, Stockholm figure parmi les villes dans lesquelles la concentration de licornes par habitant est la plus forte au monde.

Logement. La pénurie de logement dans la capitale suédoise s’accompagne d’une hausse de l’ordre de +10 % par an des loyers des appartements du marché non régulé (andrahandshyrning), par opposition au marché régulé (förstahandshyror) qui bénéficie d’’un régime de loyer modéré, mais n’est accessible que par inscription sur des listes d’attentes qui s’étalent sur plusieurs années. Selon les derniers chiffres disponibles le loyer d’un studio dans la ville de Stockholm sur le marché non régulé (andrahandshyrning) est d’environ 800 €/mois (1000 €/mois dans le centre-ville), et de 1200 €/mois pour un 2 pièces (1400 €/mois dans le centre-ville), soit des niveaux plus élevés que dans la plupart des grandes métropoles européennes.

Grands contrats.
MTR, opérateur de transport basé à Hong-Kong, a remporté le contrat d’exploitation du réseau ferroviaire régional de Stockholm (pendeltåg) composé de 4 lignes de 241km, avec 53 stations et 87 millions de passagers par an. Ce contrat d’exploitation commencera en décembre 2016 et sera d’une durée de 10 ans renouvelables 1 fois pendant 4 ans et d’une valeur de 30 Mds SEK (3,2 Mds€). Parmi les candidats on pouvait retrouver Keolis Spår AB, Stockholmståg AB (filiale de la compagnie ferroviaire publique suédoise, SJ, actuel exploitant du réseau de 2006 à 2016), Svenska tågkompaniet Stelo Ab et Abellio Pendeltåg Stockholm AB. En mars 2015, MTR avait déjà commencé à faire circuler ses propres rames sur la ligne Stockholm-Göteborg et en septembre 2015, la région de Stockholm a prolongé le contrat passé avec MTR pour l’exploitation du métro de la capitale de 2017 à 2023. MTR devient un acteur incontournable du secteur des transports en Suède. Les journaux Dagens Nyheter et Expressen rappellent que certains concurrents de MTR avaient émis des craintes, au moment de la procédure d’appel d’offre, car trois représentants de la région de Stockholm s’étaient rendus en voyage professionnel à Hong Kong, chez MTR, au moment où la phase de négociation du marché était en cours.

Nucléaire.
Le Ministre suédois I. Baylan écarte un scénario de type « Energiewende ». Dans un contexte où 4 des 10 réacteurs suédois devraient fermer d’ici 3-5 ans pour cause de rentabilité (décision prise par les opérateurs dans un contexte de prix bas de l’électricité sur la bourse Nord Pool), I.Baylan confirme que « le nucléaire sera bien présent en Suède dans les années 2040 » et que le pays « évitera un scénario à l’allemande au coût exorbitant pour le consommateur ». Il préside une commission nationale mixte qui devrait décider sur les perspectives de nouveaux réacteurs au 1er semestre 2017.

EnR. Élargi à la Norvège depuis 2012, le marché suédois des certificats verts d’électricité renouvelable, introduit en 2003, est cité comme un modèle à suivre dans le rapport récent de l’ONU « Climate Action Now –résumé pour les décideurs politiques 2015 » présenté par la Secrétaire exécutive de la CCNUCC, C.Figueress. Le principe de neutralité technologique, le faible coût pour le consommateur final, la possibilité d’élargissement à d’autres pays et une grande efficacité pour promouvoir la production EnR sont cités.

Crise laitière. Le Ministre Sven-Erik Bucht a annoncé, le 15 octobre, qu’il doublera le montant des aides européennes d’urgence (8,2 M€) pré-affectées à la crise des éleveurs laitiers suédois pour atteindre 16,2 M€, dont 10,2 M€ versés aux éleveurs fin 2015 et 6 M€ au printemps 2016. Le gouvernement abandonne, cependant, son projet d’apporter des garanties de crédit aux exploitants laitiers, suite au refus des établissements bancaires de s’y associer.

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Directeur de la publication : Pierre-Alexandre Miquel (Chef du SER)
Revu par : Olivier Redoulès (SER Stockholm)
Service Economique Régional (SER) de Stockholm
Ambassade de France en Suède
Adresse : Storgatan 11 // 114 44 Stockholm

Avec les contributions des Services Economiques de Copenhague (Clothilde Bauduin, Jasmine Crozier, Michel Lallemand, Philippe Martinez), Helsinki (Nadine Mouy, Alexis Stevenson), Oslo (Christian Fatras, Adrien Labaune), et du Service Economique Régional de Stockholm (Thomas Charrier, Frédéric Lemaitre, Olivier Redoulès).

Dernière modification : 14/12/2015

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