La Quinzaine nordique - Hors série

La Quinzaine nordique est réalisée par le Service économique régional deux fois par mois. Elle rassemble des brèves économiques et financières sur les cinq pays nordiques. Ce hors-série est sur le thème des banques nordiques.

Eléments de cadrage sur les banques des pays nordiques

PNGUn secteur bancaire régionalement intégré. Le secteur bancaire des quatre pays nordiques (Danemark, Finlande, Norvège et Suède) est important au regard de la taille de l’économie, concentré et intégré : les actifs du secteur s’élèvent à environ 3000 Mds € soit de l’ordre de 200 % du PIB agrégé des quatre pays. Le secteur est dominé par six banques : Nordea, DNB, Danske Bank, SEB, Handelsbanken et Swedbank, qui représentent 90 % des parts de marché des banques de la région, sont toutes présentes sur plusieurs pays de la région nordique et balte (Nordea a une présence significative dans les quatre pays nordiques, Danske Bank est bien présente en Norvège et en Finlande, SEB et Swedbank sont présentes en Suède et dans les pays baltes…etc.). En dehors de la région nordique, ces six banques sont actives sur les marchés de capitaux pour assurer leur financement, mais elles ne sont présentes que sur un nombre réduit de pays /secteurs : Nordea en Russie et SEB en Allemagne pour la banque d’affaires, Handelsbanken au Royaume-Uni et aux Pays-Bas et Danske Bank en Irlande pour la banque de détail, DNB sur le secteur du shipping…

Des situations nationales hétérogènes. Les écarts de taux de rentabilité (RoE) en 2014, de l’ordre de 1,4 % pour la banque danoise coopérative Nykredit jusqu’à 15,3 % pour la banque suédoise SEB, témoignent notamment des différences de structure et de situation des marchés nationaux, avec au Danemark un secteur bancaire relativement éclaté et concurrentiel qui souffre encore des conséquences de la crise immobilière alors que les banques suédoises, dans un secteur relativement concentré, bénéficient d’une situation favorable de l’économie et de boom des marchés immobilier et financier suédois ; à ces facteurs nationaux s’ajoutent des différences de modèle d’affaires des banques prises individuellement, les revenus nets d’intérêts ayant plutôt ralenti ces derniers trimestres dans un contexte de baisse des taux monétaires, alors que les revenus tirés des commissions (opérations de marché, couverture de risque, gestion d’actifs…etc.) ont plutôt augmenté. Malgré ces différences de rentabilité, les principales banques nordiques affichent toutes des ratios de fonds propres élevés et ont obtenu des résultats favorables lors des stress tests européens de la fin 2014 : dans le scénario de base de ces tests, en 2016, les ratios de fonds propres s’élèveraient à 15,4 % pour les banques danoises évaluées, 17,6 % pour la Finlande, 14,4 % pour la Suède et 16,9 % pour la Norvège, contre 11,7 % en moyenne européenne (et 11,8 % pour la France).

Des politiques publiques différenciées. Les politiques publiques liées à la réglementation, à la supervision, et à la résolution bancaires, ainsi que les politiques macro-prudentielles, sont différenciées entre les quatre pays nordiques, même si elles s’attachent toutes à respecter les exigences décidées dans les enceintes internationales, avec parfois un temps d’avance sur le calendrier mondial ou européen. Ces différences reflètent notamment des facteurs historiques, qui remontent aux réponses nationales faites à la crise financière nordique des années 1990 ou, plus récemment, aux conséquences de la crise financière de 2008-2009, avec l’éclatement d’une crise bancaire au Danemark et des tensions sur les banques suédoises exposées aux pays baltes. Le positionnement vis-à-vis de l’UE est également un facteur de différenciation, la Finlande étant de fait intégrée aux dispositifs mis en place en zone euro (elle participe notamment à l’Union Bancaire) alors que la Norvège dispose d’une marge de liberté dans la mise en application de certains textes européens. La situation conjoncturelle, en particulier la position dans le cycle immobilier, et la structure du secteur bancaire (plus éclaté au Danemark, plus concentré en Suède), jouent également un rôle dans la définition des politiques nationales. Du fait de l’intégration du secteur bancaire au niveau régional, les autorités de supervision essaient de coordonner leur action pour limiter les possibilités d’arbitrage réglementaire.

L’exposition au secteur immobilier est une préoccupation commune, en lien avec l’endettement des ménages. Les quatre pays nordiques sont confrontés à la problématique de l’exposition des banques au crédit hypothécaire, avec des nuances qui tiennent notamment à la position des pays dans le cycle immobilier et au niveau d’endettement des ménages (de 120 % du revenu disponible brut des ménages en Finlande à plus de 300 % pour le Danemark). L’enjeu financier tient notamment au rôle des titres obligataires adossés aux dettes hypothécaires des ménages dans le financement de l’économie et, conjointement, à la dépendance des banques nordiques au financement de marché ; en outre, le rôle de la richesse immobilière dans le comportement de dépenses des ménages rend les économies nordiques vulnérables à une baisse des prix immobiliers qui contraindraient les ménages à freiner leur consommation (ce qui a déjà eu lieu au Danemark dans le sillage de l’ajustement des prix immobiliers après 2007). La Commission européenne, dans le cadre des exercices de surveillance des déséquilibres macroéconomiques pour les pays de l’UE, et le FMI, dans ses rapports au titre de l’Article IV, commentent régulièrement la situation des pays nordiques et adressent des recommandations de politiques correctives spécifiques à la question de l’endettement des ménages : plafonnement des montants des crédits immobiliers, renforcement des matelas de fonds propres, rabotage des niches fiscales sur les intérêts d’emprunts hypothécaire…etc.

Danemark

Un secteur bancaire en pleine restructuration. Le secteur bancaire danois comporte une centaine d’établissements, mais les cinq premiers (Danske Bank, filiale danoise de Nordea, Jyske Bank, Nykredit et Sydbank) cumulent 85 % des parts de marché. Le nombre d’établissements a diminué d’un tiers depuis l’éclatement de la crise immobilière et financière en 2007, marquée par une baisse des prix immobiliers de l’ordre de 20 % entre 2007 et 2012. La banque centrale attend de nouvelles fusions entre établissements bancaires car le secteur connaît des surcapacités dans un contexte de demande de crédit limitée, en lien avec l’endettement élevé des ménages et des entreprises agricoles (pour lesquelles un fonds d’aide de 270 M € a été créé en mai 2015).

Danske Bank bénéficie de résultats favorables pour 2014 et début 2015. Première banque danoise par son bilan (27 % de part de marché hors marché hypothécaire) et présente à l’international (parts de marché approximatives pour l’activité de prêt : Norvège 5 %, Suède 5 %, Finlande 10 % ; Danske Bank est également présente dans les pays Baltes et en Irlande du Nord), Danske Bank connaît une hausse marquée de ses revenus opérationnels en 2014 (+10 %) et début 2015 (+18 % au 1er trimestre). La réduction des pertes et la modération des coûts de personnels (suppression de 700 ETP en 2014, après -1000 en 2013, avec un objectif de -3000 d’ici la fin 2015) a permis une hausse des profits, avant dépréciations d’actifs, de 8 % en 2014 et de 76 % entre le 1er trimestre 2014 et le 1er trimestre 2015. Le taux de rentabilité, avant dépréciations d’actifs, est passé de 5 % en 2013 à 8,5 % en 2014, pour atteindre ponctuellement 13,2 % au 1er trimestre 2015, soit au-dessus de l’objectif de taux de rentabilité fixé à 12,5 %. Après dépréciations d’actifs (qui sont liées à un ajustement des perspectives de revenus pour les opérations en Finlande, en Estonie et en Irlande du Nord), le taux de rentabilité s’établissait à 2,4 % en 2014. Danske Bank, qui a pu verser en 2014 des dividendes à ses actionnaires pour la première fois depuis 5 ans, opère un repositionnement stratégique en démantelant progressivement les opérations déficitaires de sa filiale d’Irlande du Nord et en renforçant sa présence en Norvège et en Suède. Danske Bank est contrôlée par A.P. Møller Holding, également actionnaire de référence d’A.P. Møller-Mærsk. Moody’s a relevé la note de long terme de Danske Bank en novembre 2014 (de Baa1 à A3 ; court terme : P-2), qui fait suite à la même opération par S&P en avril (de A- à A ; court terme : A-1).

Nykredit souffre encore des difficultés liées à la situation du marché immobilier ainsi que de la faiblesse des taux. Premier acteur du marché du crédit hypothécaire avec 43 % de parts de marché, la banque coopérative Nykredit Realkredit souffre encore des pertes liées aux difficultés du marché de crédit hypothécaire, qui absorbent une partie importante de son revenu. Les moins-values liées aux produits dérivés, notamment aux dérivés de taux, pèsent également sur la capacité de Nykredit à réaliser des profits. Au total, entre 2013 et 2014, malgré une hausse des revenus d’activité de 10 % et une baisse des coûts opérationnels, la montée des coûts liés aux dérivés de taux au moment de l’assouplissement des politiques monétaires des banques européennes et les pertes de l’activité de prêts hypothécaires ont conduit à des profits limités et en baisse :avant pertes, le taux de revenus (« core earning ») est passé de 5,6 % à 4,7 % en 2014, mais après pertes, il tombe à 0,8 % en 2013 et à 0,7 % en 2014, si bien que le taux de rentabilité après impôts s’élevait à 1,4 % en 2014 après 2,3 % en 2013. La faiblesse des taux de rentabilité est un point de vigilance pour l’équipe dirigeante, qui annonce dans le rapport annuel pour 2014 un plan stratégique intitulé « Winning the Double » centré autour de la réduction des coûts, notamment de personnel, une hausse des prix et un renforcement de la position dans le marché de détail ; Nykredit annonce un objectif de taux de rentabilité de 11 % avant impôts à atteindre avant 2018. Pour 2015, l’équipe dirigeante attend des pertes toujours élevées (entre 3,8 et 4,3 Mds DKK soit près de 7 % des fonds propres), mais une amélioration des revenus et une baisse des coûts. Les notes accordées par S&P à Nykredit sont de A-1 à court-terme et de A+ à long-terme, avec une perspective négative. Fitch accorde la note F1 à court terme et A à long terme (avec une perspective stable).

Le Danemark ne rejoindrait pas l’Union bancaire au 1er janvier 2016. Malgré des signaux favorables à une participation à l’Union bancaire (la banque centrale recommande dans son rapport sur la stabilité la participation du Danemark à l’Union bancaire, l’enquête interministérielle à ce sujet conclut également que le Danemark y a intérêt, et le ministère de la Justice estime cela ne nécessiterait pas de référendum parce qu’elle ne supposerait pas d’abandon de souveraineté),les Autorités danoises n’opteraient pas pour une participation au 1er janvier 2016 et s’interrogent sur divers éléments dont : les modalités de fonctionnement, le processus de prise de décision au sein de la BCE et de l’instance de résolution, la santé du secteur bancaire « dans certains pays européens », l’impact potentiel sur le modèle danois de crédit hypothécaire , et l’articulation des compétences entre le conseil des gouverneurs de la BCE, dans lequel le Danemark n’est pas représenté, et le conseil de surveillance prudentielle, au sein duquel le Danemark aurait droit, en cas de participation, à être représenté.

L’immobilier se redresse. La presse danoise rapporte que les prix des logements repartent à la hausse en 2014 (+3 % pour les maisons et +8 % pour les appartements sur un an en moyenne nationale), principalement à Copenhague. La banque centrale estime que les risques liés à la hausse des prix immobiliers à Copenhague et dans sa région, dans un contexte de faiblesse des taux d’intérêt, justifient des mesures macroprudentielles telles que le plafonnement des prêts à amortissement in fine. Le FMI estime de son côté que le marché immobilier reste vulnérable à un redressement des taux d’intérêt.

Risques. La mission FSAP des services du FMI au Danemark (septembre 2014) a pris la mesure des politiques prudentielles adoptées depuis la crise (procédure ordonnée de bail-in, mise en place du conseil du risque systémique, exigences renforcées vis-à-vis des six établissements identifiés comme systémiques, mise en place d’un « diamant de supervision » encadrant les établissements de crédit hypothécaire…etc.). Les principales marges de progrès identifiées par la mission FSAP se situent au niveau des paramètres des prêts hypothécaires, de l’indépendance financière et institutionnelle de l’autorité de supervision financière, et du cadre de résolution.

Titres hypothécaires. Le modèle danois de crédit hypothécaire repose sur un refinancement transparent des crédits immobiliers par deux institutions de crédit spécialisées : Realkreditrådet (56 % de parts de marché) et Realkreditforeningen (44 %). Les obligations hypothécaires jouent un rôle clé dans le financement de l’économie danoise : en plus de financer une dette hypothécaire s’élevant à 150 % PIB, ils servent de substitut aux titres publics sans risque, notamment dans les bilans bancaires, du fait de leur bonne liquidité, y compris en période de tensions sur les marchés mondiaux. Au niveau européen, au moment de la définition des paramètres des futures règles prudentielles européennes sur la liquidité bancaire au printemps 2014, les Autorités danoises ont fait valoir la liquidité et la qualité de ces obligations pour assurer leur qualification de titres « hautement » liquides. Pour garantir la liquidité de ce marché, la Banque centrale danoise s’en était portée prêteur en dernier ressort en 2013 ; en outre, pour écarter les risques potentiels de refinancement, une loi a été adoptée en février 2014 (entrée en vigueur en avril 2014) pour imposer, sous certaines conditions, aux détenteurs de titres hypothécaires danois de les refinancer, par une extension automatique d’un an de leur maturité.

Résolution. Les difficultés du secteur bancaire danois ont amené les autorités à prendre, depuis 2008, plusieurs mesures destinées à renforcer le cadre réglementaire et opérationnel. En particulier, le « Bank Package III » d’octobre 2010 a introduit en droit danois une procédure de résolution ordonnée, toujours en vigueur, intégrant un volet de bail-in. Cette procédure avait été améliorée avec le « Bank Package IV » d’août 2011, qui fait du bail-in une solution de repli qui n’a par la suite plus été utilisée. Adaptées pour les défaillances de banques de petite et moyenne taille, les procédures mises en place en octobre 2010 puis août 2011 ne sont toutefois pas jugées de taille à traiter le cas des institutions systémiques (SIFIs). La transposition de la directive européenne BRRD viendra compléter et renforcer les procédures de résolution mises en place au Danemark.

Supervision. Le « diamant de supervision » des crédits hypothécaires, présenté par l’autorité de supervision (Finanstilsynet) en septembre 2014, repose sur les cinq indicateurs suivants :

  1. Le taux de croissance des prêts hypothécaires accordés ne peut dépasser 15 % par an,
  2. la part des prêts à amortissement in fine pour des prêts dont le Loan-To-Value est supérieur à 75 % ne peut excéder 55 % de l’encours de prêts,
  3. la part des prêts à taux variable dont le LTV est supérieur à 75 % et pour lesquels le taux d’intérêt n’est fixe que jusqu’à deux ans ne peut excéder 30 % de l’encours de prêts,
  4. la part des prêts financés par l’émission d’obligations à maturité courte ne peut excéder 15 % du portefeuille de prêt des établissements (sur 6 mois), et
  5. la somme des 20 plus grandes expositions de chaque établissement doit rester inférieure au total des capitaux propres.
    Ces indicateurs doivent en principe entrer en vigueur en 2018 (1/, 3/ et 5/) et 2020 (2/ et 4/).

SIFIs. Six établissements avaient été désignés (juin 2014) comme systémiques au niveau national, dont Danske.

Bank (dont les actifs pèsent pour 160 % du PIB) et Nykredit (75 % du PIB). Depuis le 1er janvier 2015, ces établissements sont tenus de mettre en oeuvre progressivement des exigences spécifiques en termes de fonds propres (surcouche « systémique » comprise entre 1 % et 3 % de fonds propres CET1, matelas contracyclique et surcouche en pilier 2 de 2 %), de supervision (avec un suivi plus régulier par le FSA) et de résolution (avec l’élaboration d’un « testament » en prévision de défaillance grave). Pour Danske Bank, le matelas de fonds propres supplémentaires au titre de la surcouche systémique devra atteindre 3 % d’ici 2019 (2 % pour Nykredit).

Fonds propres. Au regard des indicateurs « classiques », les principaux établissements bancaires danois affichent des résultats satisfaisants. Dans son dernier rapport en date (stabilité financière 2ème semestre 2014), la banque centrale danoise relève ainsi que les établissements bancaires identifiés comme systémiques sont suffisamment capitalisés pour supporter un choc macroéconomique. Dans le cadre du scénario le plus négatif, un nombre limité d’établissements non-systémiques afficherait un besoin de recapitalisation (le cabinet Niro Invest estime de son côté que 8 établissements danois de petite taille encourent un « risque accru » de faillite.). Dans le cadre du dernier stress-test réalisé par l’EBA, dont les résultats ont été publiés le 26 octobre 2014, les quatre établissements danois pris en compte (Danske Bank, Nykredit, Jyske Bank et Sydbank) ont obtenu des résultats supérieurs à la moyenne européenne, y compris dans le scénario le plus défavorable.

Finlande

Un secteur bancaire concentré et bien capitalisé. Trois banques, dont deux filiales de banques nordiques, se partagent environ 75 % des prêts et des dépôts en Finlande : le groupe coopératif OP-Pohjola (34,2 % de part de marché en 2014), la filiale du groupe suédois Nordea (28,8 %) et la filiale du groupe danois Danske Bank (9,8 %). Les principales banques finlandaises font état de ratios de fonds propres élevés, avec pour l’ensemble du système bancaire un ratio de 15,8 % en Common Equity Tier1 (CET1).Aux stress tests réalisés en novembre 2014 par l’Autorité Bancaire Européenne (ABE), pour les scénarios défavorables, les trois principales banques finlandaises obtiennent un CET1 ratio supérieur à la moyenne des 130 banques évaluées (10,4 % pour Nordea, 12% pour OP-Pohjola et 13,4 % pour Danske Bank), alors que le seuil critique fixé par la BCE était de 5,5 %. La Banque de Finlande et l’Autorité de Supervision Financière Finlandaise (FIN-FSA) rappellent tout de même que le secteur reste potentiellement menacé par la fragilité de la conjoncture macroéconomique du pays et par sa forte concentration. Le FMI estime que l’importance des filiales de banques étrangères dans le marché finlandais rend le système financier finlandais vulnérable aux chocs financiers qui pourraient affecter la Suède (Nordea) ou le Danemark (Danske Bank).

Union bancaire. La Banque de Finlande et l’Autorité de Supervision Financière Finlandaise (FIN-FSA) ont poursuivi en 2014 la mise en place de l’Union bancaire. La loi sur les établissements de crédits (Act on credit institutions) est entrée en vigueur en août 2014, transposant la régulation européenne sur les exigences en capital et octroyant à FIN-FSA de nouveaux outils de supervision macro-prudentielle. L’autorité pourra notamment chaque trimestre imposer une exigence de capitalisation dite amortisseur contra-cyclique, aux établissements de crédits dont les prêts augmentent plus rapidement que la croissance de long terme du PIB. De plus, dans le cadre de la mise en place du Mécanisme de Résolution Unique, le Parlement a adopté des textes permettant de transposer la directive sur le redressement et la résolution des crises bancaires (BRRD). Une Autorité finlandaise de Résolution a ainsi été créée de même qu’un fonds de résolution national qui doit être à terme remplacé par le Fonds de Résolution Unique.

OP-Pohjola Group gagne des parts de marché. Premier acteur sur le marché bancaire finlandais, le groupe coopératif OP-Pohjola est actif dans la banque, l’assurance, la gestion d’actifs, avec essentiellement une présence nationale. En 2014 et début 2015, il a connu une croissance de ses revenus dans ses trois métiers, tout en réduisant ses coûts, notamment salariaux. En 2014, sa rentabilité financière était de 14,3 %, pour s’élèver à 15,3 % au T1 2015, au-dessus de l’objectif du groupe de 13 %. Le versement des dividendes reste plafonné à hauteur de 30 % des profits tant que l’objectif d’un ratio CET1 de 15 % n’est pas atteint. En 2014, ce ratio s’élevait à 12,4 %, en hausse de 0,5 pt % par rapport à 2013.

Nordea en Finlande poursuit sa restructuration. La filiale finlandaise de Nordea a connu une hausse de son résultat net de +8,9 % par rapport à 2013. Cependant, avec 902 millions d’euros, ce résultat reste en dessous des performances de 2011 et 2012. Le ratio coûts d’exploitation/revenus d’exploitation a augmenté : 47,6 % en 2014 contre 41,3 % et 37,9 % en 2011 et 2012 respectivement. La filiale finlandaise s’est séparée de 1 328 employés (en équivalent temps plein) au cours de l’année, ce qui ramène ses effectifs à un niveau inférieur de 27 % à celui de 2010. Le ratio de fonds propre CET1 reste constant par rapport à 2013, à 15,1 %.

Danske Bank en Finlande améliore ses profits. La troisième banque en Finlande, filiale du groupe danois, a publié un résultat net d’impôts en hausse de 17 % par rapport à 2013, atteignant 169,3 M €. Cette amélioration du profit tient principalement à une baisse du ratio coûts d’exploitation/revenus d’exploitation, notamment des coûts salariaux. Par ailleurs, la banque a donné la priorité à l’augmentation de sa clientèle, notamment sur le marché des crédits aux particuliers. Le « Benefit Programme » lancé en mai 2014 a attiré 100 000 clients en 9 mois. La baisse des ratios de fonds propres communiqués en 2014 (du capital adequacy ratio de 16,7% en 2013 à 14,5% en 2014 et du Common Equity Tier1 Ratio de 15,3 en 2013 à 13,9% en 2014), malgré l’augmentation des capitaux propres, résulte principalement de l’utilisation à compter du 1er janvier 2014 des nouvelles définitions du règlement prudentiel de l’Union européenne sur les fonds propres (CRR/CRD IV) pour le calcul de l’exposition au risque ; ces ratios sont légèrement plus faibles en 2014 pour la filiale finlandaise que pour l’ensemble du groupe.

Un marché immobilier à l’équilibre. Selon la Commission européenne, les niveaux de prix immobiliers correspondent à l’équilibre entre l’offre et la demande du marché. La hausse des prix depuis une vingtaine d’années dans l’ensemble du pays s’expliquerait par une forte demande, soutenue par l’urbanisation dans les principales agglomérations : la demande se concentrant particulièrement sur les zones centrales déjà très bâties, l’offre ne s’adapte pas par une augmentation du parc de logements mais par une hausse des prix. Le FMI estime de son côté que les prix immobiliers en Finlande sont situés 8,5 % au-dessus de leurs fondamentaux. Entre 2013 et 2014, les prix immobiliers ont connu une légère baisse (-1,1 %) mais les prix dans la région d’Helsinki étaient à nouveau en hausse au 1er trimestre 2015.

Un endettement des ménages en hausse. L’endettement des ménages est en hausse constante depuis 1997, le ratio de dette sur revenu disponible ayant atteint 120 % en 2014. Le gouvernement a depuis deux ans pris un ensemble de mesures visant à contenir la hausse de l’endettement des ménages avec notamment la baisse continue de l’exonération fiscale des charges d’intérêts immobiliers, la part déductible devant baisser de 5 points par an jusqu’en 2019, pour atteindre 50 %. Les charges d’intérêt supportées par les ménages ont également baissé au regard de leur revenu disponible, la majeure partie des emprunts immobiliers étant à taux variable. Si la Commission européenne juge que les risques associés à l’endettement des ménages sont limités, le FMI estime que l’endettement des ménages est élevé et qu’il constitue une source de vulnérabilité pour le secteur bancaire.

Norvège

Le secteur bancaire norvégien. Le secteur bancaire norvégien, dont les actifs représentent au total deux fois le PIB, comporte trois types d’acteurs :

  1. Un leader national, DNB Bank, qui contrôle environ un tiers du marché ;
  2. Des filiales de banques étrangères, dont Nordea et Danske Bank, bien présentes sur le marché affaires ;
  3. Les 108 caisses d’épargne, qui coopèrent étroitement entre elles. Les cinq premiers acteurs cumulent les deux-tiers des actifs du secteur.

DNB améliore ses résultats en 2014. La première banque norvégienne, DNB a dégagé en 2014 un profit avant taxe de 32,5 Mrds NOK, en hausse de 7,6 % par rapport à 2013, alors même que la Norvège avait commencé à ressentir les conséquences de la baisse des prix du pétrole à la fin de l’année 2014 (en revanche, la baisse des prix du pétrole a sans doute contribué à la forte baisse de son cours en bourse). Le profit avant taxe a progressé pour trois raisons :

  1. Progression des volumes de prêts et moindres pertes de valeur sur des prêts et créances, notamment pour les prêts aux particuliers et pour le shipping, notamment en Pologne et dans les pays baltes.
  2. Progression des marges, aussi bien pour les prêts (+0,01 %) que pour les dépôts (+0,06 %).
  3. Réduction des coûts salariaux due à la compression des dépenses de personnel (la réduction du nombre d’employés a ainsi plus que compensé les revalorisations salariales).

La hausse des profits a continué au 1er trimestre 2015, où DNB a dégagé un profit avant taxe en hausse de 7,5 % par rapport au 1er trimestre 2014, au-dessus des attentes des analystes, soutenu par les effets positifs de la dépréciation de la NOK et par de croissance en Norvège : en 2015, la banque s’attend à une hausse de son volume de prêts de 3 à 4%, en ligne avec ses objectifs.

Embellie à la bourse pour DNB. Troisième plus grande entreprise de la bourse d’Oslo avec une capitalisation boursière de 228 Mrds NOK à la mi-mai 2015, contre 180 Mrds NOK à la fin de l’année 2014, DNB a connu une belle progression depuis le début de l’année 2015 (+30 % environ), après la baisse des cours de la fin d’année 2014 (qui avait effacé les gains de la 1ère partie de l’année), dans le contexte de baisse des prix pétroliers.

DNB vise 12 % de RoE. Détenu à 34 % par l’état norvégien, DNB a trois objectifs financiers principaux : un taux de rentabilité supérieur à 12 %, un ratio de fonds propres CET1 supérieur à 14 % et un ratio de distribution de dividendes supérieur à 50 %, l’objectif de rentabilité étant son objectif financier prioritaire et devrait être atteint à partir de 2016. DNB a pour ambition de parvenir à une croissance modérée en parallèle d’un renforcement de son ratio de capitaux de fonds propres Tier 1. DNB souhaite donner la priorité à la croissance dans les secteurs qui assurent le meilleur rendement ajusté au risque, ainsi que dans les secteurs des produits et services qui ne sont pas intensifs en capitaux. DNB a mis en place en 2013 un programme de départs volontaires : le nombre d’employés a ainsi diminué de 2013 à 2014, avec 373 équivalents temps-plein supprimés durant l’année. DNB réduit aussi son réseau physique et renforce dans le même temps son offre d’aides utilisateurs sur internet. DNB a lancé au 4ème trimestre 2014 une application de paiement sans contact pour téléphones portables, Valyou, en coopération avec Telenor et Sparebank 1, le second réseau bancaire norvégien.

Union bancaire. La Norvège a uniquement un statut d’observateur au sein de l’Autorité bancaire européenne (EBA), mais les acteurs norvégiens sont attentifs aux changements liés à l’Union bancaire, en raison de l’intégration du système bancaire nordique. Actuellement, la supervision des principales banques régionales comme Nordea est partagée entre les quatre autorités nationales, mais la diversité des situations nationales (appartenance à l’UE, à l’euro ou à l’Union bancaire) renforce l’importance de la coordination entre superviseurs nationaux. Dans ce contexte, les acteurs norvégiens se déclarent soucieux de la cohérence de l’architecture de l’Union bancaire. Dans leurs communications publiques, les Autorités norvégiennes insistent sur le fait que le mécanisme de supervision intégré n’est qu’une partie du tripode que représente l’Union bancaire et s’interrogent sur les modalités du mécanisme de liquidation des établissements financiers en difficulté et le fonctionnement du système de mutualisation des fonds de garantie des dépôts.

Renforcement des fonds propres. Des objectifs de capitaux propres plus stricts que la réglementation de Bâle III sont appliqués en Norvège depuis 2013 et le ratio de fonds propres CET1 moyen des banques norvégiennes était de 12,4 % en décembre 2014. Le renforcement des fonds propres des banques norvégiennes s’est surtout fait par le biais de la rétention de profits non distribués et par de nouvelles émissions d’actions ; DNB a obtenu des résultats très favorables lors des stress tests européens de fin 2014. Compte tenu notamment de l’exposition des banques norvégiennes au risque immobilier (54 % des prêts du système bancaire), un « coussin de capital contra-cyclique » de 1 % supplémentaire a été instauré au 31 décembre 2013 (effectif au 30 juin 2015) afin de faire face au risque d’un retournement violent de conjoncture : le ministère des finances peut décider d’en augmenter le montant sur la base des 4 indicateurs suivants :

  1. Ratio total des crédits (C2 et C3) sur PIB ;
  2. Ratio prix des maisons sur revenus disponibles des ménages ;
  3. Prix des propriétés commerciales ;
  4. Part de financement de marché des établissements de crédit norvégien.

Le gouverneur de la banque centrale s’est déclaré en faveur d’une augmentation au-delà de 1 % à l’été 2016 compte tenu de la hausse rapide des prix de l’immobilier. De son côté, l’autorité de supervision financière juge que les banques devraient conserver la majeure partie de leurs bénéfices pour renforcer leur bilan.

Après un tassement au cours de l’été 2014, les prix immobiliers repartent à la hausse. Les prix de l’immobilier ont continué d’augmenter rapidement en Norvège en 2014 : +8,5 % pour les appartements et +5,6 % pour les maisons. La hausse a atteint 11,9 % à Oslo entre avril 2014 et avril 2015. Nombre d’analystes annoncent régulièrement l’éclatement d’une bulle immobilière, qui est devenu un véritable marronnier de la presse économique norvégienne : les zones d’inquiétude concernent le niveau d’endettement des ménages (180 % PIB contre 83 % en France et 98 % en moyenne en zone euro), sa structure (60 % de la dette est concentrée sur les 30 % de ménages ayant les plus hauts revenus mais dans le même temps le ratio dette/revenu dépasse 250 % pour les emprunteurs de 25 à 44 ans), le rôle important que joue la richesse immobilière dans leur consommation (70 % des actifs des ménages sont composés d’immobilier contre 10 % pour les dépôts bancaires) et la part élevée des emprunts à taux variables. Mais dans un scénario où les taux augmenteraient de 3 pts de % et les prix immobiliers baisseraient de 30 %, la Banque centrale estime que la portion de dette détenue par les ménages à « haut risque » (30 000 ménages en 2012) passerait de 2 % à 6 % de la dette des ménages, un degré de vulnérabilité qu’elle juge mesuré.

Vers un durcissement des mesures macroprudentielles. Le gouvernement a présenté le 15 juin sa nouvelle stratégie pour le marché de l’immobilier. À côté de mesures pour stimuler la construction de logements neufs (simplification des procédures et des réglementations, souplesse accrue pour l’aménagement de l’existant et « accords-cadres » avec les communes les plus touchées par la pénurie de logements), le gouvernement entérine certaines règles de durcissement de l’accès au prêt immobilier évoquées ces derniers mois lors de consultations. Ainsi, les banques devront exiger un remboursement minimum annuel de 2,5 % du montant du prêt lorsque le ratio Loan-to-Value initial dépassera 70 %, et elles seront tenues de respecter la règle des 15 % d’apport personnel pour au moins 90 % (en valeur) des prêts immobiliers qu’elles accorderont. Pour contexte, malgré une directive de Finanstilsynet (Autorité Norvégienne de Supervision Financière) recommandant aux banques au minimum 15 % d’apport personnel, 46 % des emprunteurs âgés de moins de 35 ans ont pu contracter en 2014 un prêt immobilier correspondant à plus de 85 % de la valeur du bien dont ils faisaient l’acquisition, et dans 28 % des cas, les banques ont accordé un prêt sans le conditionner à d’autres formes de garanties et cautions.

Suède

Les revenus des banques suédoises sont marqués par les conditions macroéconomiques. La situation des banques suédoises est positive mais est marquée par les évolutions exceptionnelles de l’environnement macroéconomique : application des taux d’intérêt négatifs, tensions politiques autour de la Russie, incertitudes sur le maintien du taux de change de la couronne danoise après l’appréciation du franc suisse, forte volatilité des prix d‘actifs et des taux de change….etc. Les revenus opérationnels des banques sont à la hausse en 2014 (entre +3 % pour Nordea et + 13 % pour SEB) et début 2015 (+3,0 % pour Swedbank et Handelsbanken et jusqu’à +11 % pour SEB au 1er trimestre 2015 par rapport au 1er trimestre 2014). Le ralentissement des revenus d’intérêt suite aux expansions successives de la politique monétaire en Suède depuis fin 2013 pénalise Handelsbanken et Swedbank, très exposées sur le marché hypothécaire suédois ; pour Swedbank ce nouveau ralentissement fait suite à une quasi-stagnation en 2014 alors que la forte croissance du revenu d’Handelsbanken en 2014 tenait surtout à ses activités à l’international, notamment son développement au Royaume-Uni où elle a ouvert 17 succursales. La hausse de la demande de produits de couverture et de gestion d’actifs dans un contexte d’accroissement de la volatilité des marchés, ainsi que l’accélération des activités de fusions, acquisitions et d’introductions en bourse, ont plutôt bénéficié à SEB et Nordea qui ont connu des hausses rapides de revenu opérationnel début 2015 (+11 % pour SEB et + 9 % pour Nordea au 1er trimestre 2015) et pour SEB cette hausse début 2015 fait suite à une forte hausse en 2014 : +13 %.

Après une nette accélération début 2015, les cours boursiers marquent une pause depuis fin mars. Les cours boursiers des 4 grandes banques suédoises sur le marché de Stockholm suivent une tendance à la hausse depuis septembre 2011, qui est le point de départ d’une phase d’assouplissement progressif de la politique monétaire de la Riksbank. Tout en lui étant corrélés sur moyenne période, les cours des titres bancaires suivent un profil plus marqué que l’indice général OMX30, puisque les cours bousiers ont augmenté de 220 % dans le cas de Nordea et 230 % dans le cas de SHB, à près de 300 % pour SEB et Swedbank. Le début de l’année 2015 a été marqué par une forte volatilité des cours, avec dans un premier temps une nette accélération après la mi-janvier, dans le sillage des décisions de politique monétaire de la BCE puis de la Riksbank, et jusqu’à la mi-mars : l’OMX30 a crû de 16 % sur ces deux mois, et la hausse a atteint 20 % pour Nordea, SHB et Swedbank. Depuis la fin mars, qui marque une inflexion de la politique monétaire suédoise vers une stabilisation des taux après les baisses de janvier (inflexion qui a également affecté le taux SEK/€), l’indice OMX30 a marqué un repli relatif. Les cours des actions de SEB, SHB et Swedbank, plus exposées au marché domestique suédois, ont connu des baisses encore plus marquées que l’indice général, alors que les cours de la banque régionale Nordea ont continué de s’apprécier.

Les banques suédoises cherchent à accroitre des taux de rentabilité déjà élevés. Allant de 11,6 % à 15,3 % en 2014, les taux de rentabilité (RoE) des quatre premières banques suédoises sont élevés dans le contexte européen mais en deçà de leurs objectifs, autour de 15 % de RoE pour leurs activités suédoises (partagée entre les quatre pays nordiques, Nordea visait jusqu’en 2015 un objectif de 13 %) :
- Avec un bilan de 670 Mds €, Nordea est la seule G-SIFI nordique mais aussi la banque nordique dont la dimension régionale est la plus marquée, puisque ses actifs sont significatifs sur les quatre pays nordiques. Historiquement, Nordea tire ses origines de la fusion en 2001 des quatre banques nordiques Nordbanken (Suède), Merita Bank (Finlande), Unibank (Danemark) and Christiania Bank og Kreditkasse (Norvège). Première banque nordique et banque universelle, Nordea occupe en général la 1ère ou la 2ème place sur les marchés nationaux et sectoriels (1ère nordique sur les obligations d’entreprises, sur les prêts syndiqués, sur la gestion d’actif, sur la banque privée…etc.). Nordea avait quatre objectifs financiers pour 2013-2015 : la hausse de la part des profits distribués sous forme de dividende, un taux de rentabilité de 13 %, et un ratio prudentiel CET1 de 15 % et une faible volatilité de ses résultats. En juin 2015, Nordea, par la voix de son PDG Christian Clausen, considère que ses objectifs 2013-2015 ont été atteints et a publié de nouveaux objectifs pour la période 2016-2018 : contenir la hausse des coûts à 1 % par an, fixer la part des profits distribués sous forme de dividendes au-dessus de 75 % (70 % en 2014), maintenir un taux de rentabilité au-dessus de la moyenne des pairs nordiques, maintenir la taille de l’actif ajusté du risque à son niveau actuel et conserver les fonds propres CET1 entre 50 et 150 bps au-dessus des exigences réglementaires. En termes de métier, Nordea met en avant un effort de digitalisation accru, à la fois dans le rapport au client et dans l’organisation interne, une réduction des coûts du capital, et la maitrise des risques.
- Handelsbanken met généralement en avant un niveau de rentabilité supérieur à ses concurrentes, obtenu grâce à un meilleur service client, des coûts plus réduits et des pertes plus faibles : elle indique avoir affiché, sur la période mi-2007/fin-2014, le meilleur retour sur investissement dans le secteur bancaire européen (+168 % contre -63 % pour la moyenne Européenne). Handelsbanken est avant tout une banque de détail, avec un modèle d’affaires construit autour des succursales, et très incitatif pour ses salariés, grâce au programme de partage des bénéfices Oktogonen. Avant tout suédoise (50 % du revenu), Handelsbanken est également présente au Royaume-Uni et en Norvège (environ 10 % du revenu chacun) puis plus marginalement au Danemark et en Finlande (5 %). En Suède, Handelsbanken est très présente sur le secteur immobilier (75 % de son encours de prêts, sous forme de prêts hypothécaires aux ménages ou aux entreprises). Son modèle de croissance repose largement sur l’ouverture de nouvelles succursales (+24 au total en 2014 dont +17 au Royaume-Uni), dynamique qu’elle met en avant au moment où le secteur a plutôt tendance à réduire les réseaux physiques.
- SEB est avant tout une banque d’affaires dont la moitié du portefeuille de prêt est lié à des grandes entreprises nordiques et allemandes et à des PME suédoises et baltes. La banque de détail n’occupe qu’une place limitée dans son revenu (15 % en 2014), loin derrière les clients institutionnels (41 % du revenu), la gestion de richesse et d’actifs (23 %). Banque universelle en Suède et dans les pays baltes, qui représentent 8 % de son revenu opérationnel en 2014, elle est également présente comme banque d’affaires en Allemagne et aux États-Unis. SEB met en avant sa position de leader nordique sur les différentes activités liées au trading, marchés de capitaux, banque d’investissement, gestion d’actifs, assurance vie, épargne (2ème acteur en Suède). Banque d’entreprise, SEB a acquis en 2014 les segments affaires des opérations de Nets’ Business Eurocard en Finlande et de DNB en Norvège. En termes de croissance, elle a plutôt tendance à augmenter ses effectifs dans les pays baltes et à les réduire en Suède et en Allemagne. Ses objectifs stratégiques incluent une cible de taux de rentabilité de 15 % (15,3 % en 2014), un ratio de fonds propres CET1 supérieur de 150 bps au-dessus des exigences réglementaires et un ratio de distribution de dividendes supérieur à 40 % (63 % en 2014).
- Swedbank domine le marché de banque de détail en Suède et dans les pays baltes. Swedbank, dont le premier actionnaire est l’assureur mutuel Folksam, tire ses origines des caisses d’épargnes suédoises. Forte de 8 M de clients particuliers et de 600 000 clients entreprises, elle se déclare 1ère banque suédoise en nombre de clients (58 % de son revenu) et occupe la 1ère place sur les trois marchés baltes (15 % de son revenu) ; les clients institutionnels représentent 20 % du revenu. En Suède, Swedbank est leader sur le marché de la banque aux particuliers, en particulier sur le marché des crédits hypothécaires, et n°2 sur le marché du crédit aux entreprises, là encore avec une forte présence sur le marché immobilier (sa filiale Swedbank Franchise est également leader du secteur des agences immobilières). Swedbank indique 3 grandes priorités stratégiques pour 2015 : l’amélioration de la « valeur client » (accessibilité et compétitivité de l’offre), la réduction de ses coûts et l’intégration de Sparbanken Öresund, caisse d’épargne de la région de Malmö qu’elle a acquise en 2014. Swedbank met également en avant 3 objectifs quantitatifs : taux de rentabilité supérieur à 15 %, réduction de ses coûts aux niveaux les plus faibles du marché et maintien d’une capitalisation « solide ».

La Suède prépare l’application de la directive résolution tout en restant à l’écart de l’Union bancaire. Le gouvernement Suédois a désigné l’Agence de la dette Riksgälden comme « autorité de résolution » en Suède dans le cadre de l’application de la Directive européenne BRRD qui va encadrer l’action publique de soutien aux banques en difficulté. Riksgälden a déjà, dans la loi suédoise, la responsabilité de prendre en charge les banques en difficulté et gère également le Fonds de stabilité (qui deviendra sans doute le futur « Fonds de Résolution » de la BRRD), alimenté par les cotisations versées par les banques et qui vise à contribuer au financement, le cas échéant, des futures éventuelles mesures de soutien au secteur bancaire (son encours s’élevait à 53 Mds SEK fin 2014 soit 1,5 % PIB). L’application de la BRRD va changer le traitement des banques en difficulté en Suède : alors que les créanciers d’une banque en difficulté étaient plutôt protégés dans la loi suédoise qui fait porter tout le poids des pertes sur les actionnaires et permet à l’Etat d’intervenir pour recapitaliser l’institution, l’application de la BRRD fera également porter sur les créanciers non protégés les éventuelles pertes et efforts de recapitalisation d’une banque, notamment par conversion de leurs créances en actions.

Les nouvelles exigences de fonds propres renforcées ne sont pas mordantes pour les principales banques suédoises. Le 10 septembre 2014, FSA a détaillé les exigences de fonds propres pour les banques suédoises, en application de la Directive européenne CRD IV transposée en droit suédois au printemps 2014. Au-delà du seuil de fonds propres à 8 % RWA fixé par les règles européennes (CRR), la Suède va exiger des quatre grandes banques suédoises un matelas de couverture pour le risque systémique de 5 % (3 pts% en Pilier I et 2 pts% de surcharge en pilier II), et un matelas de conservation du capital de 2,5 pts% RWA. En outre, le FSA a rehaussé le seuil des pondérations de risques applicables aux crédits hypothécaire à 25 %, ce qui se traduit pour les deux banques les plus exposées au marché hypothécaire par une surcharge en fonds propres 6,3 pts% pour Swedbank et 4,1 pts% pour Handelsbanken (contre 2,1 pts% pour SEB et 1 pt% pour Nordea). Enfin, le matelas de fonds propres contracyclique sera rehaussé à partir de septembre 2013 de 1 % à 1,5 %. L’activité des banques suédoises ne semble pas avoir été affectée par les nouvelles exigences réglementaires de fonds propres qu’elles remplissent le plus souvent déjà au moment de leur formulation. Pour mémoire, les résultats des stress test européens conduits à l’automne 2014 ont placé les banques suédoises parmi les mieux capitalisées de l’UE.

La réponse à l’endettement des ménages est d’abord macroprudentielle. L’endettement des ménages (170 % RDB en 2014) et la hausse des prix immobiliers sont un sujet d’inquiétude pour les organisations internationales (Commission Européenne, OCDE, FMI). Sujet de débat en Suède depuis plusieurs années, la question d’une éventuelle « bulle immobilière » s’est peu à peu banalisée en l’absence d’inflexion de la tendance des prix. La nature du problème et les risques éventuels ne semblent pas faire consensus. En termes de politiques publiques, la réponse à l’endettement passe principalement par la mise en oeuvre de mesures macroprudentielles, alors que la politique monétaire est très expansionniste face au risque de déflation et que les recommandations de politiques structurelles des organisations internationales (réforme de la fiscalité des crédits hypothécaires et de la propriété foncière) ne sont pas toutes inscrites à l’agenda politique. Le superviseur financier, qui est compétent en matière de politiques macroprudentielles, estime que les plafonds de LTV mis en place en 2010 ont contribué à freiner l’endettement des ménages et à favoriser l’amortissement des prêts. Pour renforcer la culture d’amortissement des ménages, le superviseur financier avait obtenu de la Fédération des banques la mise en place, en 2014, de manière coordonnée, de procédures plus exigeantes dans l’octroi de prêts hypothécaires, mais l’Autorité de la concurrence avait provoqué l’arrêt de cette mesure qui induisait un surcout pour les emprunteurs. Pour forcer les ménages suédois à amortir leurs prêts, le FSA avait fin 2014 présenté une proposition d’obligation d’amortissement pour les prêts qui excèdent 50 % de la valeur du bien qui devait s’appliquer le 1er août 2015 ; mais cette mesure a été suspendue suite à un avis négatif d’un tribunal administratif et devrait finalement pouvoir s’appliquer avec un an de retard, une fois transformée en loi.

Les exigences en termes de ratio de levier suivront l’agenda européen. La Riksbank souligne régulièrement la divergence entre la trajectoire du ratio de fonds propres ajusté du risque, qui a augmenté de près de 9 pts% entre 2009 et 2014 (de 9 % à 18 %) et le ratio de levier brut, qui a peu augmenté (hausse de 4 % à 5 % sur la même période). De même, alors que le ratio de fonds propres ajusté du risque se situe, pour les quatre principales banques suédoises, bien au-dessus de leurs pairs européens, leur ratio de levier se situe dans la moyenne européenne. La Riksbank recommande l’application d’un minimum de ratio de levier de 5 % mais, dans un communiqué datant de fin 2014, le directeur du superviseur financier estimait que la Suède ne devait pas le mettre en oeuvre avant l’agenda européen (2018).

Des marchés financiers affectés par la politique monétaire de la Riksbank. L’enquête annuelle sur les risques menée par la Riksbank auprès des acteurs des marchés monétaires fournit, pour le printemps 2015, un sentiment dégradé sur le fonctionnement des marchés en Suède : le niveau de risque est jugé élevé et en hausse, en lien avec la baisse des taux d’intérêt de la Riksbank ; le fonctionnement des marchés, bien que jugé globalement satisfaisant, se serait détérioré depuis six mois, notamment en raison d’une moindre liquidité ; les participants à l’enquête estiment que la politique monétaire expansionniste menée en Suède présente des risques tangibles, sont préoccupés de la formation de bulles de prix sur plusieurs classes d’actifs et jugent les mesures exceptionnelles (taux négatifs et achats de bons du trésor) porteuses de risques pour le système financier.

Vers une taxe bancaire ? Au cours de la campagne électorale, le parti Social-Démocrate avait évoqué la mise en place d’une taxe bancaire pour un montant de recettes de l’ordre de 4 Mds SEK par an (environ 0,1 % PIB) au motif que les banques ne sont pas redevables de la TVA. °La ministre des finances Magdalena Andersson a renouvelé cette proposition début mai 2015 : tout en rejetant l’option d’une taxe sur les transactions financières, à laquelle la Suède s’était déjà opposée dans les discussions européennes par la voix du précédent gouvernement, Magdalena Andersson dit évaluer les deux alternatives qui consisteraient à prendre comme base taxable le chiffre d’affaires des banques ou bien leur masse salariale.

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Directeur de la publication : Pierre-Alexandre Miquel (Chef du SER)
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Avec les contributions des Services Economiques de Copenhague (Marine Artz, Jasmine Crozier, Michel Lallemand, Philippe Martinez), Helsinki (Nadine Mouy, Cyrille Karamitsos), Oslo (Christian Fatras, Emmanuel Frételliere, Nicolas Redon), et du Service Economique Régional de Stockholm (Frédéric Lemaitre, Olivier Redoulès).

Dernière modification : 24/08/2015

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