La Quinzaine nordique – Hors-série Climat – n°1

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Pays nordiques

Renouvelables. Les pays nordiques ont connu, sur la période 2005 – 2012, un net développement de la part des énergies renouvelables (EnR) dans la consommation d’énergie finale, avec des hausses allant de +11 % en Norvège à +79 % au Danemark (contre +4 % en France sur la même période). Ces évolutions sont d’autant plus remarquables que les bouquets énergétiques des pays nordiques sont déjà très verts, avec plus de la moitié de la consommation énergétique finale en Suède, en Norvège et en Islande provenant d’énergies renouvelables.

Emissions de GES. Le bilan énergie-climat de certains pays nordiques apparait toutefois plus mitigé sur le volet gaz à effet de serre (GES) avec des émissions toujours en hausse en 2013 en Norvège (+ 5 % entre 1990 et 2013) et en Islande (+30 %). Ces deux pays ont cependant engagé des politiques offensives en la matière, que ce soit, par exemple, en incitant à l’achat de véhicules électriques en Norvège ou en favorisant le développement d’alumineries plus « vertes » grâce à la géothermie en Islande. La Suède et le Danemark, qui ont obtenu de meilleurs résultats (baisse de respectivement 23 % et 25 % entre 1990 et 2013), affichent des objectifs très ambitieux (neutralité carbone pour la Suède et objectif 100 % d’EnR pour le Danemark en 2050).

Danemark

Objectif. Adopté par le Parlement danois, le plan énergie de 2012 s’efforce d’équilibrer les bénéfices de la transition énergétique (en termes économiques, environnementaux et de sécurité énergétique) avec ses coûts potentiels, avec pour objectif premier l’indépendance du pays aux énergies fossiles en 2050. Le plan énergie prévoit, d’ici à 2020, 1/ de réduire de 35% les émissions de CO2 par rapport à leur niveau de 1990, 2/ de réduire de 12% la consommation totale d’énergie par rapport à 2006, 3/ de porter à 50% la part de l’électricité éolienne dans la consommation électrique totale au Danemark.

Climat. Le Parlement danois a voté début 2014 la « loi sur le climat ». Soutenue par l’ensemble de l’échiquier politique, à l’exeption des libéraux et de l’extrême droite, la loi impose dorénavant la publication d’un rapport annuel sur la politique climatique, la définition d’objectifs décennaux actualisés tous les 5 ans, et la création au 1er janvier 2015 d’un « Conseil du Climat » auprès du Gouvernement. Le financement de ce Conseil devrait être assuré dans le projet de loi de finances de 2015, à hauteur de 1,62 M € par an. Cette loi intervient après la publication à l’été 2013 d’un agenda climatique, proposant une série de mesures permettant d’atteindre une réduction de 40% des émissions de CO2 en 2020 par rapport à 1990.

Eolien. Le plan de croissance 2014 proposé par le gouvernement danois prévoit une réduction de près de 800 M€, au cours de la période 2015-2020, de la taxe dite « PSO », qui est appliquée sur la consommation en électricité des entreprises et qui sert à financer l’offre d’électricité éolienne. Les moindres recettes de la taxe PSO pourraient se traduire par un report de 2 ans de la construction du champ éolien offshore Kriegers Flak, censé fournir au Danemark 600 MW d’électricité dès 2020.

Finlande

Biocarburants. La Finlande s’est fixé pour objectif de relever la part des biocarburants dans les transports à 20% en 2020, soit le double de l’objectif de l’UE (10%). Cette ambition s’inscrit dans un contexte de restructuration du secteur du bois-papier, essentiel pour l’économie finlandaise, qui mise désormais sur la production de biocarburants (biodiesel d’huile de pin, bioéthanol cellulosique).

COP21. Le ministre de l’Environnement M. Niinistö s’est déclaré en faveur de la réduction de 40% des émissions de GES d’ici à 2030 afin d’afficher un niveau d’ambition élevé dans les négociations au sein de la COP21. Il estime que les négociations devraient déboucher sur des résultats positifs, compte tenu notamment du récent plan climat acté par le gouvernement Obama.

Nucléaire. La Finlande souhaite accroitre la part du nucléaire dans son bouquet énergétique dans une optique de réduction des émissions carbonées et d’indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie (42% de l’énergie consommée en Finlande est d’origine russe). Des procédures d’appel d’offre sont en cours pour deux réacteurs supplémentaires (Olkiluoto 4 par TVO et Hanhikivi 1 par Fennovoima).

Fiscalité. La Finlande dispose de trois leviers incitatifs : 1/ la taxe carbone, qui figure déjà parmi les plus élevées d’Europe (30 €/tonne CO2), et qui devrait encore être relevée en 2015-2018 (400 M€), 2/ le tarif de rachat de l’éolien terrestre et maritime, mis en place en 2011 au taux de 105,3 €/MWh, et qui sera réduit à partir de 2015 à 83,5 €/MWh et 3/ la prime à la chaleur ou „Heat Premium“, prime qui s’ajoute au tarif de rachat d’électricité pour la production combinée d’électricité et de chaleur (CHP), qui sera maintenue (20€ pour le biogaz et 50€/MWh pour les résidus de bois). Ce schéma doit permettre à la Finlande de progresser vers sa cible de réduction de 80% des GES à l’horizon 2050.

Eolien. Au cours de l’été 2013, ALSTOM a équipé de 7 aérogénérateurs le parc éolien de Muukko près de Lappeenranta dans l’est de la Finlande. Il s’agit du premier contrat éolien remporté par ALSTOM dans les pays nordiques. En outre, ALSTOM Finlande et l’Université de Lappeenranta ont signé un accord de recherche sur le fonctionnement des éoliennes d’ALSTOM dans des conditions climatiques arctiques. Le parc finlandais d’ALSTOM est un test « grandeur nature » pour ces turbines, dans la perspective d’un développement dans les pays nordiques.

Islande

Électricité verte. La production électrique a crû de 12 % en 2013 (13,9 TWh) grâce de nouvelles capacités installées dans le secteur de l’hydroélectricité (+100 MW). Le bouquet électrique restait dominé, en 2013, par l’hydroélectricité (71 % de la production nationale), devant la géothermie (29 %). L’électricité produite est essentiellement consommée par les fonderies d’aluminium (70 %), devant l’industrie de ferro-silicone (8 % environ), les services publics (7 %) et le secteur résidentiel (6 %). Dans les 10-15 années à venir, plusieurs centrales géothermiques et électriques devraient être construites, apportant plus de 8,5 TWh supplémentaires et portant le potentiel total à 21 TWh.

Câble sous-marin. Les Gouvernements islandais et britannique étudient un projet de câble sous-marin susceptible de transporter de l’électricité d’Islande vers le Royaume-Uni. Malgré les difficultés techniques (1200 km de long et plus de 1000 m de profondeur), sa construction serait réalisable avec les technologies existantes. En outre, le projet est commercialement viable si l’Islande augmente ses capacités de production comme prévu (cf supra). Le débat est en cours au sein du parlement islandais, qui a demandé au Ministère de l’industrie des expertises complémentaires ; en cas d’accord, le projet pourrait être mis en oeuvre dès 2015.

Pétrole. Le gouvernement islandais a délivré, en janvier 2013, deux licences à des consortiums norvégo-islandais pour la prospection et la production pétrolières dans la zone du dragon (Dreki), située entre l’Islande et l’île norvégienne Jan Mayen. Des études géologiques ont révélé que d’importants gisements d’hydrocarbures offshore pourraient exister dans cette zone dont les conditions géologiques sont très similaires à celles des champs norvégiens. En janvier 2014, ces perspectives ont suscité l’intérêt d’investisseurs chinois et une troisième licence dans la zone a été délivrée par l’agence islandaise de l’énergie Orkustofnun à un consortium dirigé par l’entreprise chinoise CNOOC.

Norvège

Fonds. Objet d’un débat parlementaire au printemps, le transfert du Conseil d’Éthique du Fonds Pétrolier dans le giron de la Banque de Norvège n’aura finalement pas lieu. Le Conseil d’Éthique restera au sein la Commission des Finances du Parlement norvégien, en accord avec les voeux de l’opposition et notamment des Verts. La part des placements « verts » du Fonds reste très faible : ils atteignaient 30-35 Mrds NOK début 2014, sur un actif total de 5 400 Mrds NOK, soit moins de 0,7 % des fonds. Lors de la présentation des nouvelles directives de gestion du Fonds au Parlement en avril 2014, la Ministre des Finances, Siv Jensen, a annoncé que ces placements devraient progressivement augmenter jusqu’à 50 Mrds NOK ; elle a toutefois tenu à souligner leur faible rendement entre 2010 et 2013 : +12 %, contre +54 % pour le marché actions global.

Supergrids. Deux importants câbles d’interconnexion électrique avec l’Allemagne et le Royaume-Uni devraient voir le jour d’ici à 2020 :
- Le câble Nordlink, vers l’Allemagne (Schleswig-Holstein), représenterait 12 à 16 milliards de NOK d’investissements pour une capacité de 1 400 MW ; il existe cependant des frictions entre, d’une part, la Norvège qui souhaite garantir l’accès des producteurs norvégiens d’électricité au futur marché allemand de capacité avant de valider la concession du câble, et d’autre part l’Allemagne, dont le Ministre de l’Économie a déclaré début juin que l’Allemagne avait besoin de NordLink, indépendamment de la création d’un éventuel futur marché de capacité.
- Le câble NSN, vers le Royaume-Uni (Blyth) devrait avoir une capacité de 1 400 MW également, et serait le plus long au monde (700 km), du moins jusqu’à la réalisation de l’éventuel câble islandais (voir supra). Pour réduire le risque à l’investissement lié à ce projet, Ofgem, l’agence britannique pour les marchés électriques et gaziers, réfléchit depuis mai 2014 à un mécanisme des prix pour les consommateurs finaux qui soit favorable au financement du projet.

Renouvelables. Le marché commun des certificats verts vise la construction d’unités de production pour 13,2 TWh de part et d’autre de la frontière suédo-norvégienne entre 2012 et 2020. A ce stade, 6 TWh ont été construits en Suède contre 1 TWh seulement en Norvège. Ce déséquilibre résulte en majeure partie d’une fiscalité plus avantageuse en Suède (possibilité d’exemption de la taxe énergie sur l’électricité dans le cas d’une consommation propre de l’énergie éolienne). Il devrait s’accroître dans les années à venir, et selon certaines projections, la production d’électricité verte par ces nouvelles unités de production pourrait atteindre jusqu’à 21 TWh en Suède contre 9 TWh en Norvège en 2020.

Capture et stockage du CO2. Le gouvernement soutient toujours la réalisation d’un nouveau projet à grande échelle avant 2020, mais rien de concret n’a été annoncé depuis l’arrêt du projet de Mongstad (cf. QN n°61). Les déclarations du Ministre du Pétrole et de l’Energie, Tord Lien, et de Gassnova, indiquent que l’on s’oriente de plus en plus vers la construction d’une installation à l’étranger.

Véhicules électriques. L’engouement des norvégiens pour les véhicules électriques s’est confirmé lors des 5 premiers mois de l’année 2014. La Tesla Model S, devenue en septembre 2013 le premier véhicule électrique à figurer en tête des immatriculations de voitures neuves, a atteint un nouveau record absolu de ventes en mars (1.494 unités, dans un profil certes heurté : 172 véhicules vendus en avril et 374 en mai). Fin mai 2014, la Norvège comptait près de 29.000 véhicules électriques, contre 19.500 fin 2013. Nissan a capté 42,6 % de ce marché, contre 16,2 % pour Tesla et 5,6 % pour Peugeot. Les généreuses exemptions de taxes et de vignette à l’achat de véhicules électriques sont la principale explication de ce succès ; ces mécanismes devraient rester en place jusqu’au seuil de 53.000 véhicules électriques en circulation, après quoi ils devraient faire l’objet d’un réaménagement par le gouvernement. A noter que l’exemption de TVA pourrait également être remise en cause par l’Autorité de Surveillance Européenne de l’AELE.

Batteries vertes. La Norvège possède de nombreux lacs d’altitude qui sont autant de batteries vertes potentielles. Onestime la capacité de ces batteries à 84 TWh, soit la moitié du réservoir hydroélectrique européen. Des solutions de pompage inversé de l’eau vers les réservoirs en période de faible consommation ou de fort vent en Europe sont envisagées pour les principaux réservoirs : Blåsjø (7,8 TWh), Storglomvatn (3,5 TWh), Røssvatn (2,0 TWh), Store Akersvatn (1,5 TWh), Songavatn (1,4 TWh), mais Statnett juge que le concept n’est pas encore assez mûr. L’entrée en service de câbles d’interconnexions européens sera le premier prérequis à tout développement.

Suède

COP21. Très allante dans les négociations climat, la Ministre suédoise de l’Environnement Lena Ek a réuni les 26-27 juin à Stockholm des dirigeants politiques dans le cadre de l’initiative internationale pour le climat « The Global Commission on the economy and climate » créée, en septembre 2013 par sept pays : Colombie, Suède, Ethiopie, Indonésie, Corée du Sud, Norvège, Royaume-Uni. L’Ambassadrice française chargée des négociations sur le changement climatique, Laurence Tubiana, a participé à cette rencontre et présenté les priorités portées par la future Présidence française de la COP21. La Suède était également à l’origine de la Coalition pour le Climat et l’Air Pur (CCAC, lancée en 2012 par les États-Unis, la Suède, le Canada, le Mexique, le Bangladesh et le Ghana ; elle compte 52 membres aujourd’hui dont la France). Par ailleurs, afin de renforcer le leadership européen lors de la COP21, la Suède propose, dans les négociations actuelles entourant le Cadre Énergie-Climat 2030 de l’UE, l’objectif de réduction des émissions de GES de l’UE le plus ambitieux : 50 % en 2030 (40 % sur les émissions domestiques et 10 % hors UE par des mécanismes de flexibilité).

Smartgrid. La firme américaine CleanTech group a réuni fin mai à Stockholm plusieurs décideurs publics et privés européens de premier plan en matière d’efficacité énergétique. Le déploiement de compteurs intelligents dans les foyers européens ouvre de grandes perspectives pour le marché des logiciels de maîtrise de la consommation d’énergie en coopération avec les fournisseurs de service, mais pose la question de la monétisation des données personnelles recueillies par les équipements électriques (ciblage publicitaire, produits d’assurance dérivés, etc.).

Fiscalité. Après l’échec de la super-prime suédoise à l’achat de véhicules électriques (4.400 € par nouveau véhicule émettant moins de 50gCO2/km en moyenne ; seulement 500 véhicules vendus en 2012), le gouvernement suédois essuie un nouveau revers suite à l’annulation par la Commission européenne du crédit d’impôt pour l’électricité solaire et éolienne domestique (66 €/MWh produit, maximum de 1 300 €/an par foyer) qui devait entrer en vigueur le 1er juillet. Compte tenu des élections législatives de septembre, son introduction devrait être retardée de plus d’un an. Par ailleurs, le gouvernement a publié début juin un rapport sur les résultats de la politique environnementale suédoise durant le mandat 2010-2014. Dans le domaine climatique, la Suède, qui a l’empreinte carbone la plus faible de l’UE15, a été l’un des principaux contributeurs au fonds d’adaptation du protocole de Kyoto (45 M€ entre 2010 et 2013) et au fonds vert (34 M€). Elle a investi dans plus de 80 projets pour le climat dans 27 pays en développement dans le cadre de Mécanismes de Développement Propre (MDP).

Eolien. L’Ambassadeur de France en Suède intervient le 1er juillet lors de la journée nationale de l’énergie éolienne durant la „semaine politique d’Almedal“ pour présenter le programme français pour l’éolien maritime en partenariat avec le groupe Alstom.

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Dernière modification : 09/02/2015

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