Interview de l’Ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne au Danemark, Michael Zenner, à l’occasion du 50ème anniversaire du Traité de l’Elysée [da]

JPEG 1) Est-ce que vous parlez français ?

J’ai appris le français à l’école. J’ai aussi la chance d’avoir de la famille en Rhénanie-Palatinat et dans la Sarre, länder qui sont particulièrement proches de la France. Une partie de la famille de mon père vient de Lorraine où j’ai passé de nombreuses vacances. J’ai souvent visité Bourg-en-Bresse, ville jumelée avec ma ville natale Bad Kreuznach et à l’université, j’ai étudié l’histoire de France. Au cours de ma carrière au sein du ministère allemand des AE, j’ai été pendant trois ans en poste à l’ambassade d’Allemagne à Paris, où j’étais à la fois chef du service économique et chargé des questions européennes. Comme vous pouvez le voir, j’ai eu de nombreuses opportunités pour parler français, me plonger dans la littérature française, bref de pratiquer la langue de Voltaire.

2) Qu’y a-t-il de si spécial dans la relation franco-allemande ? Quelle est sa signification actuelle pour l’Europe

Le traité de l’Elysée, qui a été signé le 22 janvier 1963, a scellé un partenariat exceptionnel entre nos deux pays. La coopération et l’amitié entre la France et l’Allemagne ont été fondamentales pour que l’Europe se développe et devienne un continent prospère et en paix. Aussi bien la France que l’Allemagne savent que ce n’est qu’ensemble qu’elles peuvent contribuer au projet de rassemblement européen.

La coopération entre la France et l’Allemagne est aujourd’hui un exemple de deux pays, qui sont devenus amis et qui coopèrent dans la confiance mutuelle, alors qu’ils paraissaient irréconciliables pendant de nombreuses années. Nous partageons de nombreux intérêts politiques et nous avons les mêmes valeurs. L’image inoubliable de François Mitterrand et de Helmut Kohl, commémorant main dans la main en 1984 les soldats morts à Verdun pendant la Première guerre mondiale, reste dans la mémoire de tous. Ces soldats, victimes de guerres qui ont apporté tellement de chagrin à nos deux pays.

Le Président Charles de Gaulle et le Chancelier Konrad Adenauer ont établi une coopération étroite entre la France et l’Allemagne. Cette coopération a été renforcée par la suite par leurs successeurs et elle a conduit à la réconciliation entre nos deux pays et à une amitié inébranlable. Avec plus 2200 jumelages existants, 8 millions de jeunes ont participé à des programmes d’échanges organisés par l’organisation de jeunesse franco-allemande, l’Office franco-allemand pour la Jeunesse. Aujourd’hui, cette amitié étroite entre Allemands et Français est profondément enracinée dans la société. C’est une amitié exceptionnelle. Le 22 septembre dernier, le Président Hollande et la Chancelière Merkel ont souligné ces relations extraordinaires et ont rappelé le discours du Général de Gaulle à Ludwigsburg il y a exactement 50 ans : « Les jeunes écrivent l’avenir de l’Europe ». Ces mots sont autant d’actualité aujourd’hui qu’ils ne l’étaient à l’époque.

L’amitié, la confiance et la compréhension mutuelle sont l’assurance d’un futur commun dans une Europe en paix, où règnent liberté et prospérité. L’Allemagne et la France se considèrent comme un moteur de ce processus de rassemblement européen, qui développe cette Europe. Nous pouvons tous être fiers que l’UE se soit vu attribuer le Prix Nobel de la Paix en 2012.

3) Qu’en est-il de la coopération franco-allemande au Danemark ? Quelle est votre relation avec l’ambassade d’Allemagne à Copenhague ?

Nous avons une coopération très proche aussi à Copenhague, que ce soit entre nos deux ambassades, instituts culturels ou encore établissements scolaires.
A l’occasion de l’anniversaire du traité de l’Elysée, je me réjouis de voir organisées au Danemark de nombreuses manifestations : concerts, expositions, festival de jazz, rencontre-débat. Toutes ont à cœur d’inviter tout le monde à fêter l’année franco-allemande ! Ma collègue, Véronique Bujon-Barré, ambassadeur de France au Danemark, et moi, nous rencontrons régulièrement pour échanger sur des questions politiques, culturelles et économiques. Nos collaborateurs également. Nos écoles allemande (Sankt Petri Schule) et française (Lycée Prins Henrik) travaillent également ensemble et rapprochent nos jeunes. Ainsi se créent des liens d’amitiés entre danois, allemands et français. Liens qui promeuvent la connaissance de l’autre et une plus grande compréhension mutuelle.


4) En quoi la coopération franco-allemande bénéficie-t-elle au Danemark ?

La réconciliation entre la France et l’Allemagne peut être une source d’inspiration.
La politique européenne actuelle est l’exemple que l’Europe ne peut avancer qu’avec un couple franco-allemand fort et allant dans la même direction. Le Danemark, avec d’autres pays, a un rôle important de soutien à une politique responsable basée sur la solidarité, la solidité et la croissance. Sans le Danemark et les autres pays européens, le projet de paix et de prospérité au sein de l’Union européenne ne fonctionnerait pas. Cela a été remarquablement montré lors de la présidence danoise de l’Union européenne l’an passé, riche de réussites.
L’école allemande St. Petri Schule, le Lycée français Prins Henrik, les nombreux projets universitaires, les échanges dans le domaine des sciences et de la technologie, et aussi les échanges commerciaux, économiques sont autant de lieux et de domaines de coopération entre nos pays. Et nous devons, tous ensemble, poursuivre dans cette direction.

5) Qu’appréciez-vous chez les français ? Quelle est votre plus belle expérience s’agissant de la France ?

Mon épouse et moi-même avons beaucoup d’amis français. J’apprécie particulièrement la franchise, la confiance mutuelle et la qualité qui marquent mes échanges avec mes amis et mes partenaires français. J’aime leur joie de vivre, leur manière de penser visionnaire et nos longues discussions passionnantes autour d’un bon repas.
Du temps de ma scolarité, j’avais déjà fait l’expérience de l’accueil chaleureux des français dans la famille de mes cousins et auprès d’amis et connaissances. Chaleur et profondeur des liens noués qui ne se sont jamais démentis au cours de mes séjours en France, en tant qu’étudiant ou plus tard dans ma vie professionnelle. Et j’espère que cela continuera. Il m’est difficile de ne retenir qu’un seul souvenir lié à la France, j’en ai tellement ! Pouvoir vivre à Paris a été source de tellement de joies indescriptibles. Comme celle d’avoir été l’hôte d’une famille française dans le Périgord, certainement l’une des plus belles régions de France. Ou encore un dîner entre amis. Tous ces souvenirs sont parmi les meilleurs que nous retenons ma femme et moi.

Michael Zenner
Ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne au Danemark

Lire l’interview (en danois) de l’ambassadeur de France au Danemark, Véronique Bujon-Barré.

Dernière modification : 23/01/2013

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