Conférence du philosophe Mauro Carbone, à l’invitation de la société danoise de philosophie de langue française [da]

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Le philosophe Mauro Carbone, invité par la Société Danoise de Philosophie de Langue Française (SDPLF), a donné mardi 26 avril une brillante conférence à l’Institut Français du Danemark.

La conférence, intitulée "Les idées sensibles entre vie et philosophie", partait des idées esquissées dans le dernier chapitre du manuscrit inachevé de Merleau-Ponty, dont on célèbre le 50ème anniversaire de sa mort brutale le 3 mai 1961.

Mauro Carbone est le premier philosophe italien nommé professeur des universités françaises. Il exerce à la faculté de philosophie de l’Université Jean Moulin Lyon III, où il est professeur de philosophie esthétique.

M. Carbone a présenté le concept d’"idée sensible", et a notamment abordé le processus d’"idéation" (genèse des idées), faisant appel aux notions de résonance et de "creux", de passivité/activité, sujet/objet, conception/institution ...

Résumé de la conférence :

D’après l’anecdote platonicienne sur Thalès qui, regardant les étoiles, tombe dans le puits pendant que la servante de Trace se moque de lui, l’on pourrait affirmer que, depuis Thalès, la philosophie s’est traditionnellement méfiée de la vie, elle l’a toujours tenue à distance et c’est précisément sur cette mise à distance qu’elle a constitué son identité, considérant la vie comme « non-philosophie ». En revanche, se rapporter à la « non-philosophie » la reconnaissant comme l’envers de soi-même plutôt que comme son propre opposé : voilà ce que Merleau-Ponty appelle « a-philosophie » dans l’un de ses tout derniers cours. Dans ces cours ainsi que dans ses écrits contemporains, il cherche à donner une formulation précisément a-philosophique de la mutation des rapports entre l’homme et l’Etre qu’il voit à l’œuvre à notre époque. A l’intérieur de cette tentative, l’on sait que la notion d’ « idée sensible », tirée du roman de Proust, et la caractérisation « non platonicienne » de l’idéation qui en découle ont une place centrale. On ne peut plus, par conséquent, décrire notre statut en termes de « sujet » qui fait face à « l’objet-monde ». Pour le décrire Merleau-Ponty utilise donc le terme de « creux », qui semble opérer comme une « caisse de résonance », au sens où il parle de mélodie qui se chante en nous pourvu que nous sachions lui accorder, justement, une résonance. Notre statut semble donc celui d’un creux où résonne notre rencontre avec la chair du monde, où ce « résonner » n’est pas la simple reproduction d’un son produit ailleurs, mais — c’est ce que nous apprend la caisse de résonance — possède sa propre valeur créative.

Dernière modification : 28/04/2011

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